CHAPITRE m. U
nombre de bonnes lois et le conamencement dt% arts les plus ncccs> saires pour éviter les incommodités des saisons et pour diminuer les besoins de la vie; m;jis la discorde sur le partage des biens a, jusqu'ici, toujours armé les sociétés les unes contre les autres, et y a causé souvent de grands ravages.
 cet âge d'airain a succédé Tâge d'argent : c'est Tâge où nous vivons en Europe. L'art de la société y est dans Tadolescence. parce que nos règlements se sont beaucoup augmentés et perfectionnés; mais nos guerres civiles et étrangères sur le partage de différents biens tiennent encore beaucoup de Tâge d'airain, puisqu'il est évident que les biens que les hommes peuvent acquérir par ces guerres ne valent pas la vingtième partie des biens dont ils sont privés par ces mêmes guerres et par la cessation de la paix et du commerce, qui leur eussent apporté vingt fois plus de biens réels que les biens qu'ils peuvent tirer des guerres. Or c'est en cela particulièrement que la raison humaine, que l'art du gouvernement, que la police générale de la société humaine, paraissent encore dans l'enfance parmi nous.
Le plus noble emploi de la raison pour chaque famille et, par conséquent, pour chaque société, c'est de discerner et de choisir toujours les partis qui, à tout peser, pour le présent et pour l'avenir, sont les plus avantageux, tant pour la diminution des maux que pour l'augmentation des biens de la vie, et c'est apparemment ce que nos pères ignorants appelaient sagesse, habileté, science du bien et du mal, connaissance sûre et évidente de tout ce qui cause les maux les plus grands et d'une plus longue durée, connaissance de tout ce qui procure les biens les plus sensibles et les plus durables.
Pfous sommes donc véritablement dans un âge d'argent, qui tient encore un peu, d'un côté, à l'âge d'airain, et, de l'autre, un peu à l'âge d'or; car notre raison est déjà perfectionnée au point que nous cherchons à finir les guerres et à prolonger les paix. Mais nous n'avons pas encore assez bien estimé les biens que la guerre fait perdre, les maux qu'elle cause, et par conséquent tous les biens que produirait la paix perpétuelle, fondée sur un arbitrage permanent entre souverains.
Il est vrai que nous touchons à ce degré de raison et de discernement; les souverains commencent à trouver de la raison et du bonheur dans l'idée de l'arbitrage européen pour assurer l'exécution des traités entre souverains, et j'espère qu'avant un siècle, avec un
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peu d'habitude k tâtér les vrais principes de la raison et de leurs vrais intérêts^ ils parviendrc nt à terminer sans guerre tous leurs différends présents et futurs.
Nous avons le secret, par les lois et par la force des magistrats, de faire vivre les grands seigneurs de chaque nation, sinon sans discorde, du moins sans guerre entre canton et canton, entre seigneur et seigneur, comme autrefois.
Il est vrai que nous n'avons pas encore assez perfectionné nos lois :ni point de faire distinguer clairement ce qui appartient k Tuu de ( c qui appartient à raiitrc, mais nous sommes dans la voie de perfectionner ces lois, et c'est le but de l'ouvrage que j'ai donné pour fliminuer tous l^s jours les sources des procès.
Mais, à dire le vrai, il nous manque, pour entrer dans l'âge d'or, un grand désir d'être justes envers tout le monde, une grande crainte de déplaire à Dieu par des actions qui nuisent au prochain, et un grand désir de plaire a cet être souverainement bienfaisant en procurant aux hommes ou des plaisirs présents ou des plaisirs k venir, c'est-à-dire de grands avantages, soit à ceux qui nous environnent, soit à la patrie entière, et c'est proprement l'effet que doit naturellement produire dans toutes les nations la nouvelle méthode pour lierfectionner la forme du gouvernement.
Ainsi nous touchons, pour ainsi dire, au commencement de l'âge d'or ; nous n'avons plus besoin, pour y entrer, que de quelques règnes sages dans taos Étîits européens; car l'Europe, parvenue une fois à cet âge d'or, à cette espèce de paradis sur la terre, y ferait en peu de temps entrer tous les autres peuples, qui n'ont, non plus que nous, d'autre but, d'autre intérêt que de diminuer leurs maux, d'augmenter leurs biens dans cette vie, et de s'assurer, par l'observation de la justice et par la pratique de la bienûiisance, une vie future remplie de délices. Or tels seront les effets admirables du nouveau plan général de gouvernement que les rois et les républiques peuvent facilement exécuter.
L'adoption de ce « nouveau plan général de gouvernement » aurait-elle bien, en effet, les résultats merveilleux que Fauteur se plaît à lui attribuer? Sudfirait-il que les gouvernements fussent dirigés par une polysyiiodie, recrutés au moyen du scrutin perfectionné et éclairés par une Académie politique pour