CHAPITRE IV. U
en meure uu quarantième, c est-à-dire cinq cent mille, il en vient au monde cinq cent vingt-cinq mille. Or il est constant que de ces cinq cent mille morts il en serait réchappé, sinon la moitié, du moins le quart, si nos observations, soit sur les préservatifs, soit sur les remèdes, étaient devenues en dix ans, en vingt ans, un quart plus parfaites et surtout plus connues de tout le monde, les remèdes plus communs, et la connaissance de Tapplication des remèdes un quart plus commune qu'elle n'est aujourd'hui parmi nous. »
Or prolonger de dix ans la vie du quart de ceux qui meurent, c'est-à-dire de cent vingt-cinq mille personnes chaque année, ne serait-ce pas, se demande le bon abbé, procurer un trèsgrand avantage à l'État? La vie des hommes, et surtout celle des grands hommes, ne lui est-elle pas précieuse? A cet égard, il fait une remarque qui ne sera point du goût des égalitaires, mais qui n'en repose pas moins sur une observation exacte de rinégalité naturelle de la valeur des hommes.
« Il est certain que la vie des princes et surtout des grands hommes est très-précieuse à l'État, et que la perte de lel prince, de tel magistrat, de tel ministre, de tel philosophe, de tel général d'arm'ée, est plus considérable pour l'État que la perte de mille et même de dix mille autres hommes du commun. »
Sans doute, les hommes ne sont pas toujours classés, dans la société, d'après leur valeur naturelle-, il y a aussi des positions qui confèrent à ceux qui les occupent une valeur de convention que ne justifient point les services rendus. La fameuse parabole de Saint-Simon, qui émut si fort les courtisans de la Restauration, est donc, jusqu'à un certain point, l'expression de la vérité, mais elle n'infirme point l'observation de l'abbé de Saint-Pierre.
Maintenant quel serait le moyen de perfectionner la médecine, de manière à augmenter la durée de la vie humaine? Ce serait de joindre à l'Académie des sciences un bureau ou une Académie spéciale de médecine. Cette Académie, dont les mem-
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bres recevraient des traitements et des distinctions honoritiques, aurait pour mission d'examiner les travaux des médecins indigènes et étrangers, de signaler et de récompenser les plus recommandabies, de former une Bibliothèque de médecine, destinée à faciliter les études, de chercher les moyens de mettre un terme à la falsification des remèdes, de publier, dans un recueil annuel, les observations médicales, etc., etc. En même temps, Tauteur, frapfié des avantages de la division du travail, recommande de « diviser les maladies entre les académiciens, de telle manière que chacun ait sa spécialité d'observations à recueillir. » Il conseille encore de diviser le travail d une manière analogue dans les hôpitaux, t II serait bon, dit-il, que, tant les médecins que les malades d'un grand hôpital fussent distribués dans les salles par genre de maladies, les malades en seraient bien mieux secourus, d II voudrait, en outre, que les médecins des hôpitaux fussent rémunérés en raison du nombre des malades qu ils guérissent, afin de les intéresser davantage aux guérbons. Enfin, il voudrait que les prêtres des campagnes eussent quelques connaissances médicales qui leur permissent de soulager les corps aussi bien que les âmes. II s'élève contre les décisions des conciles provinciaux, qui ont défendu aux prêtres de se mêler de médecine, en faisant remarquer que (( Tesprit de la vraie religion et le but principal de rÉvangile, c'est la bienfaisance, c'est-à-dire la pratique de la charité envers le prochain, pour plaire à Dieu et en obtenir le paradis. » Puis il invoque l'exemple des missionnaires, qui réussiss^t d'autant mieux dans leur propagande, qu'ils joignent la pratique de la médecine à l'enseignement des vérités de la religion.
Quelques considérations méritent particulièrement d'être ci* tées, sur l'utilité de la division du travail en médecine et sur les conditions nécessaires pour que cette division puisse s'opérer :
« On a sagement divisé, danslcb gi^andes villes, la profession