‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 48 sur 156 · CHAPITRE IV. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. U

de médecin en deux parties : médecin ordonnateur, médecin opérateur, et même l'opération se divise en deux parties : chirurgien et pharmacien. C'est que, d'un côté, Ton peut avoir facilement dans les grandes villes, en même temps, pour un même malade, des hommes de ces trois sortes de profession; et que, de l'autre, chacun de ces arts se perfectionne davantage en peu de temps, quand celui qui le professe ne songe qu'à perfectionner sa portion : et ce principe de diviser les professions et les arls pour leur faire faire plus de progrès en moins de temps est très-conforme au bon gouvernement.

a Ce principe porte même à penser que la profession de médecin ordonnateur devrait encore être subdivisée dans Paris, dans Londres, etc., en quatre ou cinq classes. Chaque classe aurait un certain nombre de maladies à étudier plus particulièrement que les autres, et chaque médecin serait tenu, avant trente ans, de déclarer au grefie de la police de quelle classe il veut être.

« Hais cette vue de diviser les arts et les professions, qui est excellente pour les villes capitales, cesse d'être bonne pour une petite ville, pour une bourgade, pour un village, pour un vaisseau, pour une colonie, et même pour un régiment éloigné des villes. C'est que dans ces occasions où Ton ne peut pas avoir en même temps trois hommes nécessaires pour un malade, il faut un homme qui sache le plus nécessaire de chacune de ces trois professions, et qui puisse ordonner et exécuter lui-même tout seul ce qui est nécessaire pour la guérison du malade.

ff ... Celui qui, dans unie colonie, travaille sur le fer, doit savoir quatre ou cinq métiers ; il faut qu'il soit serrurier, armurier, taillandier, maréchal, etc. C'est que la colonie ne peut pas entretenir ces quatre sortes d'artisans et n'en peut entretenir qu'un qui sache le plus important de ces quatre métiers. 11 en est de même de celui qui travaille sur le bois, il faut qu'il soit un peu charpenti^, un peu menuisier, un peii tonnelier, un peu charron. »

Il convient de noter que ceci était écrit trente ou quarante ans avant la publication de Tadmirable chapitre d*Adam Smith sur la division du travail.

D'autres vues ingénieuses et utiles méritent encore d'être signalées dans le Projet pour perfectionner la médecine. L'auteur demandait, par exemple, que, dans chaque hôpital, il y eût un lieu destiné aux dissections, et que ceux qui disposent des cadavres eussent ordre d'en mettre à la disposition des étudiants autant que le médecin ou le chimrgien démonstrateur en demanderait.

(( C'est ainsi qu'on ferait servir les morts à faire durer les vivants, et à les guérir de leurs blessures sans les estropier; c'est ainsi que l'on tirerait des cadavres inutiles une trèsgrande utilité : il faut, pour une telle autorisation, un arrêt du Conseil. »

Ce projet du bon abbé a été, en grande partie, réalisé. On a fondé partout des Académies de médecine, et Ton a « fait servir les morts à faire durer les vivants. » L'art de guérir y a gagné sans doute; mais n'y aurait-il pas gagné plus encore si les Académies de médecine avaient été constituées en dehors du patronage gouvernemental ? Ces corps savants ne sont-ils pas devenus trop souvent des coteries où ressuscite le vieil esprit d'exclusion ou d'égoïsme des corporations d'autrefois? où l'on s'occupe beaucoup plus d'étendre et de fortifier les restrictions qui obstruent les avenues de la profession de médecin que de perfectionner l'art médical? Si donc quelque émule de l'abbé de Saint-Pierre s'avise de formuler un nouveau projet pour perfectionner la médecine, que ce soit du moins sans l'intervention du gouvernement.

II. Projet pour rendre les établissements des RELicisnx PLUS parfaits. — Accoutumé à apprécier toutes choses au point de vue de l'utile, l'abbé de Saint-Pierre était vivement frappé de la déperdition de forces, résultant de la claustration

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