‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 51 sur 156 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

eussent expliqué leurs intentions particulières comme le ministère, comme TÉglise d*aujourd*hui les expliquent présentement, pour rendre le culte agréable à TÊtre bienfaisant, et pour préférer à tout les œuvres de la plus grande bienfaisance, comme les plus parfaites en elles-mêmes et comme les plus efficaces pour obtenir les grâces du ciel? »

Voici maintenant l'organisation qu'il propose « pour rendre les établissements des religieux plus parfaits. » Il voudrait que l'on conservât quatre ordres de religieux et de religieuses, occupés spécialement de l'éducation de la jeunesse, du soulagement des malades dans les hôpitaux et d'autres bonnes œuvres; que ces ordres fussent différents, même par leurs babils, afin d'entretenir parmi eux une émulation salutaire.

« 11 y a, dit-il encore, une occupation utile à la société chrétienne qui pourait êlre du ressort de ces quatre ordres de religieux. C'est qu'il y a souvent dans un État des travaux publics que Ton adjuge au rabais, comme des collèges, des églises, du pavé, des chaussées, des ponts, des ports, des canaux, ou à faire ou à entretenir. Or, si dans ces quatre ordres on élevait de bons ingénieurs, de bons architectes, l'intendant de chaque province pourrait les assembler et adjuger Touvrage à celui de ces ordres qui demanderait le moins. »

En même temps, l'auteur voudrait que les vœux cessassent d'être perpétuels, et il motive son opinion avec une certaine bonhomie naïve :

« Tous les gens d'un bon esprit, qui, d'un côté, connaissent le peu de constance des hommes et surtout des filles, et qui, de l'autre, croient qu'il n'est pas à propos de s'opposer à la multiplication des catholiques romains, sont persuadés que le gouvernement ne doit point souffrir d'engagement plus long que pour cinq ans dans les filles au-dessous de quarante arjs, et de dix ans pour les garçons.... Je ne désapprouve pas non plus qu'il se fasse des promesses et des vœux pour toute la

vie, mais seulement après quarante ans. Il est vrai que j'approuve bien davantage les vœux ou les promesses qui se renouvellent au bout de dix ans; ils sont, ce me semble, bien plus raisonnables, c'est-à-dire plus conformes à la connaissance que nous avons de l'inconstance humaine. »

Enfin il attend de très-grands services des corporations religieuses ainsi reconstituées. Ce seraient, en quelque sorte, las régiments d'élite de la civilisation :

(( Ce seraient autant de compagnies choisies parmi ceux qui ont plus de foi et par conséquent plus de zèle pour servir la société chrétienne, à peu près comme Ton choisit dans la profession militaire, pour les entreprises difficiles et importantes, les compagnies des grenadiers parmi ceux qui dans les troupes ont le plus de courage pour exécuter ces entreprises difficiles qui demandent de la hardiesse, de l'ardeur, de la patience et de la \)nstance.

« Je ne blâme pas, j'approuve fort au contraire, les collèges ji les hôpitaux gouvernés par des séculiers, chefs de familles particulières, qui parmi leurs pareils ont réputation de grande probité : il en faut pour conserver une sainte et salutaire émulation entre les séculiers et les réguliers pour la plus grande utilité publique. Mais je penche fort à croire que le service public sera toujours encore mieux entre les mains - des compagnies reUgieuses permanentes et immortelles, surtout si l'administration du temporel sur la dépense est dirigée par l'évêque et par une compagnie de cinq magistrats séculiers. »

Cette conception, qui peut assurément soulever des objections de plus d'une sorte, ne manque cependant ni de vigueur ni d originalité. Elle atteste aussi un rare courage de la part de son auteur, et il est assez remarquable que les religieux qu'il voulait « utiliser » n'aient pas employé leur oisiveté à le aire repentir de la peine qu'il avait prise de se mêler de leurs affaires.

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