CHAPITRE IV
l'Europe, et même à ses peuples, qu'il est obligé de ruiner, pour faire, en dix ans de guerre, une misérable conquête qui coûterait à ses peuples dix fois plus qu'elle ne vaudrait. »
L'utilité du commerce étant bien démontrée, quels sont les moyens de le perfectionner? D'abord, il faut lui accorder toute la sécurité qui lui est nécessaire, soit sur terre, soit sur mer; • ensuite, il faut lui fournir des renseignements et des lumières en instituant des chambres de commerce :
« L'établissement d'une chambre de commerce en France, pour examiner et perfectionner tous les Mémoires qui regardent cette matière, est très-raisonnable et très-nécessaire à l'État. Mais, pour perfectionner cet établissement, il serait à propos que les intendants du commerce, avant que d'avoir voix délibérative, passassent trois ans dans les principaux ports de France, de Hollande et d'Angleterre, à étudier tout ce qui regarde le commerce, et que durant leur séjour ils envoyassent, tous les trois mois, au greffier de la chambre, leurs observations sur ce qu'il faudrait ou imiter ou corriger dans ce qu'ils ont vu ou appris, pour prouver à la chambre leur application suivie au métier auquel ils se destinent. »
Il faudrait encore encourager la noblesse pauvre à faire le commerce, en combattant les préjugés qui l'en détournent, en accordant aux négociants eux-mêmes des titres honorifiques, etc. , etc. Il faudrait surtout instituer des Compagnies pour le commerce maritime, et s'attacher, en particulier, à perfectionner la Compagnie des Indes, tout en l'investissant du monopole du commerce avec les autres parties du monde. Selon notre faiseur de projets, le gouvernement aurait dû garantir aux actionnaires un minimum d'intérêt et remettre la direction de l'entreprise à une régie intéressée, c'est-à-dire à une compagnie de directeurs, qui recevraient, outre leurs appointements, une part dans les bénéfices. C'est ce que l'auteur nomme la régie intéressée, en opposition avec la régie comptable, et il fait parfaitement ressortir les avantages de la pre-
mière sur la seconde, en démontrant combien Vintérêt est un stimulant énergique pour engager à bien faire. Les socialistes ont beaucoup exploité cette idée. Les fouriéristes s'attribuent même, si nous ne nous trompons, l'honneur de Tavoir découverte; on voit qu'elle remonte plus haut. C'est dans Tobservartion de la nature humaine que notre abbé puisait sa préférence pour la régie intéressée.
« Les hommes, dit-il, préféreront toujours une vie douce, tranquille et paresseuse, à une vie pénible, agitée et laborieuse, quand il ne leur revient pas plus d'appointements et de profits de l'une que de l'autre. — Ils ne feront point les mêmes efforts de travail et d'industrie lorsqu'il s'agit du profit d'un autre que s*il s'agissait de leur profit. »
Si l'abbé de Saint-Pierre avait voulu appliquer uniquement à l'étude de Técononiie politique sa féconde intelligence, il n'aurait pas manqué de faire avancer cette science utile; car il observait bien et il raisonnait juste. Malheureusement, la papillonne, dont il était pourvu à large dose, le faisait voltiger de projet en projet, en l'empêchant de s'arrêter longtemps à une branche spéciale des connaissances humaines. C'est ainsi qu^au projet pour perfectionner le commerce de la France nous voyons succéder un :
V. Projet pour des conférences sur Lk fiziquc (mc). — Voici comment il entendait l'organisation de ces conférences :
« Je suppose qu'il y ait à la Bibliothèque du roi une salle destinée à tenir quatre conférences de physique par semaine sous deux directeurs, qui conviendront d'expliquer et de partager entre eux toutes les parties de la physique durant deux ans.
« Une table au uiiheu pour y faire des expériences et des démonstrations, au bout de la table un siège plus élevé pour le directeur. Il y aura des sièges autour de la table. Les plus proches seront destinés aux étrangers et à certaines personnes de considération, de la connaissance des directeurs. Les autres sié-