Ayaiitages que doit produire l'agrandissement continuel
DE LA VILLE CAPITALE d'uN ÉTAT.
(( L'esprit d'un liomme, quelque grand qu41 soit devenu par son application, a eu son enfance, c'est-à-dire ses ignorances, seâ préjugés, ses erreurs; on peut avoir vu, par exemple. Descartes, à dix ans, égal ou même inférieur à tel de ses camarades, qui est resté un esprit commun.
« D'où est venue cette grande différence qui s'est trouvée entre les esprits de ces deux camarades de collège quarante ans après leur première connaissance? C'est que le grand génie a continué d'exercer son esprit, tantôt par la lecture, tantôt par la méditation, tantôt par la dispute dans la conversation des gens d'esprit, tantôt par des conférences réglées dans la capitale avec les meilleurs esprits des provinces, qui, pour l'ordinaire, y sont en plus grand nombre. Il a été ainsi forcé d'examiner la plupart des principes généraux des connaissances humaines, et a surmonté, par ces divers moyens, les divers obstacles qui se trouvent à sortir des ignorances et des erreurs vulgaires sur diverses matières des arts et des sciences.
« Son camarade, au contraire, depuis le collège a résidé à la campagne ou dans quelque petite ville, et n'a exercé son esr prit que sur des choses d'un usage commun et avec des esprits communs; il n'a point acquis Thabitude ni de lire, ni d'écrire, ni de méditer, ni de conférer avec politesse ; il n'a parlé qu'à des gens de peu d'esprit, et parmi lesquels il y avait peu d'émulation pour examiner les principes, pour approfondir les matières et pour découvrir les erreurs des préjugés de notre
eufancc et de notre jeunesse. Son esprit s'est borné à passer et à repasser par un petit cercle de connaissances très-communes, et est ainsi resté esprit du commun.
« C'est donc de la lecture, de l'exercice de la méditation et de Texercice de la dispute, soit dans la conversation des hommes, soit dans des conférences réglées, que dépend Taccroissement de Fesprit. Plus ces exercices sont continus, plus les esprits avec qui on s'exerce sont éclairés, plus l'émulation entre eux est grande, plus aussi cet accroissement de l'esprit devient grand, et se fait en moins de temps et avec plus de facilité.
(( L'agrandissement du bonheur des États déi)end de deux choses : d'un côlé, de la grandeur de la vertu, et, de l'autre, de l'étendue et de la justesse des connaissances dans la science du gouvernement dans ceux qui les gouvernent.
(( La vertu croît à proportion de l'émulation du grand nombre de gens vertueux qui vivent ensemble et qui se rencontrent souvent. Semblables aux acteurs, ils font plus d'efforts à proportion qu'ils ont plus de spectateurs connaisseurs et plus de personnes estimables à surmonter en vertus.
ff Ainsi il est visible que le même homme qui est vertueux à six degrés dans une petite ville où il vit avec six personnes raisonnables, le serait à douze degrés dans une capitale où il vivrait avec un nombre double de gens de vertu.
« La chose est encore plus évidente du côté de l'esprit et des coimaissances, parce que l'homme d'esprit s'approprie bien plus facilement et bien plus promptement les connaissances et les degrés d'intelligence de l'homme habile, que le vertueux ne s'approprie les degrés des vertus de l'homme le plus vertueux.
(( C'est que la grande vertu ne peut s'acquérir que par de longues habitudes, des actes souvent répétés; au heu qu'un homme d'esprit s'approprie souvent, en moins d'une heure, la