‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 63 sur 156 · CHAPITRE V. J · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. J

la société humaine. Il y a plus de fanatisme là où il y a plus d'ignorance; il y en a plus à Constantinople qu a Londres. »

CiKQOiÈME AVANTAGE. Lb progrès des arts les plus utiles en sera beaucoup plus prompt. Comme exemple de l'avantage qu'une société retire des progrès des arts, Tauteur cite Tinvention de l'imprimerie. « Avec le secours de l'art de l'imprimerie, dix hommes peuvent faire plus d'ouvrage et meilleur que trois cents autres, et, par conséquent, donner leur ouvrage trente fois meilleur marché. Il est évident aussi que les arts vont naturellement en se perfectionnant, c'est-à-dire que l'impression d'un livre qui coûtait il y a cent ans cent onces d'argent coûterait aujourd'hui un quart moins; mais ce progrès est d'autant plus prompt, que la capitale contient plus d ouvriers du même métier, parce que les petites découvertes que chacun y peut faire, soit par hasard, soit par méditation, y sont plus fréquentes et s'y communiquent bien plus promptement. »

Sixième avantage. Réputation et prééminence de la nation. Une grande capitale où se trouvent réunis à leur plus haut degré de perfectionnement tous les arts de la civilisation devient « la ville des nations » et un modèle que chacun s'efforce d'imiter. A ce sujet. Fauteur oppose judicieusement les avantages solides et réels des conquêtes de la paix aux avantages presque toujours illusoires ou précaires des conquêtes de la guerre.

« Nous avons rendu, dit-il, notre nation suspecte aux étrangei's durant trente ou quarante ans, parce que nous avons voulu agrandir notre territoire; ce qui ne se pouvait faire qu'à leurs dépens. Heureusement nous commençons à quitter ces fausses idées d'agrandissement extérieur de territoire pour son- ^'er aux agrandissements intérieurs qui sont bien plus réels, bien plus faciles, beaucoup plus considérables, plus durables, infiniment moins coûteux, et tels surtout que nos voisins ne sauraient jamais nous les reprocher et s'en plaindre lorsqu'il ne tient qu'à eux de nous imiter.

« Nous n'abandonnons pas pour cela une précaution raison-

nable, qui est de ne laisser aucun peuple de TEurope dans Texercice de la guerre sans nous y exercer nous-mêmes autant qu'eux. Or de notre conduite sage, sensée et pacifique, il arrive que les étrangers nous agrandissent eux-mêmes, attirés par la douceur de nos mœurs, et, peu à peu, ils nous donneront volontairement et insensiblement une sorte d'empire sur eux par l'imitation de nos mœurs et par l'inclination que nous leur imprimerons pour nos manières de vivre et par l'estime qu'ils concevront de notre' équité, de notre facilité dans le commerce de la vie. »

Septième avantage. Augmentation dans le commerce et dans la circulation de V argent et des billets.

(( Plus la capitale est grande, plus il est facile d'y établir la monnaie de crédit, c'est-à-dire les billets qui équivalent à la monnaie d'argent, et ces billets ont la commodité d'être plus aisés à porter, à serrer, plus faciles à compter, et ils peuvent augmenter considérablement les effets de la monnaie d'argent; mais il faut que ces billets soient libres et que personne ne soit jamais forcé de les prendre pour de l'argent, n

Ces billets de banque, ou monnaie de crédit, peuvent servir aussi aux habitants des provinces, et c'est un argument de plus contre l'opinion de ceux qui prétendent que la richesse de la capitale appauvrit les provinces. D'ailleurs, les seigneurs qui passent l'hiver dans la capitale peuvent aller passer quatre ou cinq mois d'été dans leurs terres. « C'était, dit l'auteur, une des vues de feu M . le Dauphin de Bourgogne de renvoyer dans cette saison tous les courtisans à leurs terres, et de ne donner aucune grâce à aucun courtisan qu'à son retour. »

L'autem- réfute ensuite, — un peu trop longuem^^nt selon son habitude, — les objections qui ont été opposées à ses vues. La principale de ces objections, qui est tous les jours reproduite, c'est que les campngnes se dépeuplent au profit des grandes villes, mais au grand dommage de l'État. Voici comment Fauteur y répond :

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