‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 64 sur 156 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

a N'est'il pas raisouuabie de laisser au laboureur enrichi la liberté d'occuper ses enfants utilement à d'autres espèces de travaux utiles à la société? Le laboureur moins riche et plus laborieux lui succède et travaille pour arriver un jour à ce degré de fortune, pour devenir bourgeois d'une grande ville. Qu'importe à TÉtat, pourvu qu'il y ait toujours un nombre sullisant de laboureurs ? Or, tant qu'il y aura suffisamment à gagner au labourage, il n'y a pas à craindre que la terre manque de laboureurs, il y en aura toujours un nombre suffisant. C'est le pus d'agréments qui attire les plus riches dans les villes. C'est le plus de commodités pour la subsistance qui attire les moins riches à la campagne. Il faut, pour le bonheur de la société, laisser aux sujets toute liberté de suivre leurs goûts lorsqu'il n'eu résulte aucun dommage ni pour les particuliers ni pour l'État. »

Enfin Tauteur remarque qu'il est nécessaire d'augmenter certains sertices, tels que ceux de la justice civile et criminelle, de la police, etc., qui ne sont plus en rapport avec l'importance de la capitale. En même temps, il explique d'une façon ingénieuse comment il se fait que ces services n'aient pas été augmentés à mesure que les besoins s'accroissaient.

« il y a sept cents ans que Paris n'avait pas cent mille habitants. Alors trois ou quatre magistrats avec leurs conseillers suffisaient; mais, si tous les cent ans Paris a crû de cent mille nouveaux habitants, s'ensuit-il que le même nombre de magistrats qui étaient à Paris sous Hugues Gapet doivent suffire sept cents ans après sous le règne de Louis XV?... Cette augmentation des habitants se fait insensiblement, par semaine, par mois, par année. Ainsi le magistrat s'accoutume aussi insensiblement à un plus grand travail; mais à la fin l'ouvrage devient excessif pour un seul homme, et alors il est forcé, ou de s'en acquitter plus mal, en s'en acquittant à la hâte, ou de donner à faire à des subalternes ce qu'il aurait mieux fait et ce qu'il devrait

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faire lui-méiue s'il n'était pas accablé par le uonibie excessif

d'affaires.

ff 11 y a dans le corps politique comme dans le corps humain des changements qui, pour être insensibles d'un jour à l'autre, d'un mois à Taulre, n'en sont pas pour cela moins réels. Ils ne deviennent souvent fort sensibles qu'au bout d'un siècle, et, en cette occasion, il nous a fallu sept siècles pour nous aviser que, le nombre des habitants de Paris ayant augmenté d'un à huit, il fallait aussi augmenter notre magistrature et nos dépenses pour la navigation de la rivière, pour les pavés, pour les places de marchés, pour les archers, etc., dans la même proportion d'un à huit. »

Chose assez curieucel l'auteur approuve cependant qu'on ait ordonné que « le terrain enfermé dans Paris fût rempli de maisons avant de permettre de bâtir au delà des dernières maisons du faubourg. » Mais on a dû s'apercevoir déjà^ue le bon abbé avait un goût beaucoup trop proiioncé pour les règlements. C'était la maladie de son temps comme du nôtre, et il lui eût été difûcile d'échapper à la contagion.

Comme « moyen général d'augmenter l'importance de la car pitale, » l'auteur propose d'établir un bureau perpétuel chargé de tout ce qui concerne les embellissements, la police, -entin « de tout ce qui pourrait augmenter plus promptement les commodités, les agréments, et surtout la raison des habitants. »

IL Utilfté des DÉROMBHEiiENTs. — Daus cc projct, l'abbé de Saint-Pierre demande la création d'un bureau spécial pour la statistique de la population, et il se livre à des conjectures toujours originales, sinon toujours exactes, sur la population du globe et sur la multiplication de l'espèce humaine. Il aborde, quoique d'une manière incidente, le problème de la population, auquel Mallh\is devait plus tard attacher son nom; et, au milieu de diverses assertions d'une exactitude contestable, il émet cette opinion, qu'un rêveur de génie seul pouvait avoir

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