CHAPITRE V
ments utiles au commerce de la nation. Quand les dénombrements sont justes, on peut porter ses preuves jusqu'à la démonstration arithmétique.
« 3° Les Anglais ftmt mieux leurs dénombrements de morts et de naissances que nous, Dans les morts, ils marquent les maladies et les accidents, les sexes, les âges par classe, depuis un jour jusqu'à un an, depuis un an jusqu'à deux, etc. Nous pourrions perfectionner ainsi notre dénombrement pour Tutililé de la médecine.
K 4'' 11 n'y a qu'une compagnie subsistante qui ait assez de constance pour continuer tous les ans les informations commencées et pour les donner au public.
d 5'' 11 est étonnant qu'une information aussi facile qu'est l'information des habitants de Paris ne soit pas encore faite et ne se fasse pas tous les ans par sexe et par âgé.
tf 6*" Il serait facile, par exemple, à un intendant de savoir combien, année commune, il crmt de différents blés dans chaque paroisse de son intendance, et cela par les dîmes qui s'y lèvent, et combien d'habitants. Le conseil pourrait voir combien il faut qu'il sorte de blé de telle paroisse et combien il faut qu'il en entre dans telle autre pour la nourriture des habitants; combien il en faut laisser sortir du royaume telle année, ou combien il y en faut faire entrer, et combien il faut de magasins de telle quantité ou de telle ou telle province et en telle ville pour être toujours en état de subsister jusqu'à la récolte prochaine. Il ne faut pour cela que des dénombrements, qu'on rendra tous les ans plus exacts. »
Les données du bon abbé ne sont pas toujours exactes, sur tout en ce qui concerne les populations de l'Afrique et de l'Amérique, qu'il évalue beaucoup irop haut, tandis qu'il allonge au contraire à l'excès la période nécessaire au doublement de la population de l'Europe; mais on ne saurait lui refuser le mérite essentiel d'avoir bien apprécié l'utilité d'une bonne statistique de la population, à une époque où la statistique était
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encore considérée comme une simple affaire de curiosité, et d'avoir contribué à appeler Tattention publique sur cet objet important. 11 appréciait bien aussi lutilité d'une statistique agricole; seulement, il partageait les préjugés de son temps, qui sont encore, hélas ! en grande partie ceux du nôtre, sur l'efficacilé de Tintervention du gouvernement en matière de commerce de grains.
m. Projet pour rendre les chemins praticables en hiver. — Voici maintenant une curieuse application des calculs de la statistique ou de Tarithmétique politique, comme on disait alors, faite en vue de l'amélioration des voies de communication. On sait dans quel état déplorable se trouvaient les routes en France sous l'ancien régime. A la vérité, Louis XIV avait fait construire, aux abords de sa résidence, un certain nombre de routes royales d'une largeur inusitée ; ce qui les rendait beaucoup plus fastueuses qu'utiles; mais la plus grande partie du pays n'en demeurait pas moins privée de bonnes voies de communications. L'abbé de Saint-Pierre s'attacha à estimer le dommage résultant de cet état de choses pour les populations et pour le gouvernement lui-même. « Lorsque je propose, dit-il, d'augmenter le subside nécessaire pour réparer les chemins, je ne fais autre chose que de proposer au gouvernement de dépenser et d'avancer cent pistoles par an en pavé, pour en recueillir par an plus de huit cents. » A l'appui de son dire, l'auteur énumère les différentes pertes que cause en hiver le mauvais état des chemins, en prenant pour base l'élection de Valogne où il était né. Voici un échantillon de sa manière de procéder dans cette petite enquête. N'oublions pas qu'il n'avait sous la main aucun de ces documents statistiques dont il appréciait si bien l'utilité, et dont l'administration était alors aussi avare qu'elle en est aujourd'hui prodigue.
(( Ce qui augmente, dit-il, le prix des marchandises, ce sont les frais du transport, et souvent elles ne coûtent presque rien