‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 69 sur 156 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

sur le lieu, comme la pierre de la carrière; mais il en coûte pour la tirer, et pour la transporter il faut nourrir et entretenir des hommes et des chevaux pour la voiturer'. Or, si les chemins étaient aussi commodes en temps de pluie qu*en temps sec, si par des zigzags ou par des tournants on avait rendu plus faciles les montées et les descâites, si par des pavés on avait remédié aux trous et aux ornières qui se font dans les terres grasses ou marécageuses, chaque cheval porterait en hiver autant qu*en été, c'est-à-dire environ un quart de plus, et ferait un quart plus de chemin dans un même espace de temps ; de même, s*il y avait plus de ponts, on abrégerait fort le chemin.

« Une charrette, pour porter le même fardeau, aurait un tiers ou un quart moins d*hommes et de chevaux, ou, ce qui revient au même, elle porterait un tiers ou un quart plus pesant, il y aurait même un quart plus de marchandises tirées sur des roues. Or on sait que, pour les frais de la voilure, il y a près de la moitié à gagner à faire tirer sur des roues ce-que Ton ferait porter sur des chevaux, et il est visible que ce plus d'hommes et de chevaux qu'il faut employer aux voitures à cause des mauvais chemins est une pure perte pour les habitants, et que les délivrer de cette grande perte, c'est leur procurer un grand profit. Mais voyons la chose dans un plus grand détail.

« L'Election de Valogne est composée de 175 paroisses d'environ 100 feux ou familles, Tun portant Tautre. Le canton du val de Sêre, au milieu duquel est le bourg de Saint-Pierre- Église, lieu de ma naissance, contient environ 17 paroisses et fait environ la dixième partie de l'Éleciion, soit pour l'étendue ou pour la valeur des terres, soit pour le nombre d'habitants ou pour le commerce.

« J'ai trouvé que, dans ces dix-sept paroisses, il y avait environ 62 charretles attelées de 4 bœufs et de 2 petits chevaux, et qu'il y avait, outre cela, 630 petits chevaux de voiture chez

les paysans. Il faut deux hommes pour cliaque charrette et un homme pour mener deux chevaux de charge, les bœufs coûtent autant que les petits chevaux à nourrir et à remplacer.

« Supposons donc ces 62 charrettes attelées de 6 petits chevaux, ce sera 572 chevaux pour ces charrettes, lesquels, joints aux 600 autres, font environ \ ,000 petits chevaux et 440 hommes dans le canton de cette Election.

(( Suivant la proportion décuple, il faut qu'il y ait dans l'Élection entière 10,000 chevaux et 4,400 hommes occupés aux voitures la plus grande partie de Tannée. Or, si les chemins étaient bien tenus, on épargnerait le quart des hommes et des chevaux, c'est-à-dire, 1,100 hommes et 2,500 chevaux pour charrier le même poids, ou bien avec le même nombre d'hommes et de chevaux on charrierait un quart davantage de denrées, ce qui revient au même. 11 y a donc pour ce seul article un quart de l'entretien et de la nourriture de ces hommes et de ces chevaux à épargner pour le temps qu'ils sont employés à voiturer.

« Chaque homme employé aux voitures ne peut coûter moins, en gages et nourriture, que 160 Uvres. C'est 176,000 livres, dont, déduisant la moitié pour les jours qu'ils emploient à autre chose qu'à voiturer, il reste 88,000 Uvres qu'on épargnera sur cet article.

« Chaque cheval, l'un portant l'autre, coûte, dans ce canton-là, au moins 120 livres à nourrir, à ferrer, à entretenir d'équipage et à refoumir par achat. Ainsi ces 2,500 chevaux coûtent au moins 504,000 livres, dont, déduisant la moitié pour les jours qu'ils sont employés à autre chose qu'à voiturer, il reste 152,000 livres, laquelle somme, jointe à celle de 88,000 livres, fait 240,000 Uvres, dont l'Election perd le quart, c'està-dire 60,000 livres par les mauvais chemins, et qu'elle gagnera quand on les aura rendus commodes. Ce que je m'étais proposé de démontrer. »

En employant le même procédé, l'auteur estime à 92,000

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