‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 71 sur 156 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

logne en a une de pareille valeur près de Paris, s'ils font échange, il est évident qu'ils y gagneront tous deux plus d'un quart par les augmentations qu'ils y pourront faire commodément, parles réparations qu'ils feront à temps, par les retranchements des voyages et par la cessation de la peine et de rembarras de faire venir leur revenu; ils pourront même y aller consommer leurs denrées ou en faire venir chez eux à la ville, s'ils ne trouvent pas de fermiers. Tels sont les profits qui résultent des échanges des immeubles.

(( A l'égard des échanges des choses mobilières, les profits en sont, à la vérité, plus petits; mais, comme ces sortes d'échanges sont continuels et qu'on en peut faire un grand nombre dans un jour, comme font les marchands, les moindres petits profits, lorsqu'ils sont fréquents et fort multipliés, équivalent à des profits plus grands qui sont moins fréquents.

cr Une des causes du profit qui se fait par les deux parties dans réchange des choses mobilières, c'est que chacun donne du superflu qu'il estime moins, pour avoir quelque chose qui lui est nécessaire,' ou qu'il regarde comme nécessaire et qu'il estime plus. Tel a trop de blé pour la nourriture de sa famille et manque de vin, tandis que tel autre a trop de vin et manque de blé. Ce superflu de blé est peu estimé par Tun, mais fort estimé par l'autre. Ces deux hommes, ou, si vous voulez, ces deux nations, font échange et y gagnent beaucoup; car alors leur superflu, par cet échange, équivaut au nécessaire. Ainsi il arrive qu une terre, qui n'est propre en elle-même qu'à rapporter du vin, devient propre, par le moyen des échanges, à rapporter du blé et toutes les autres choses nécessaires et commodes à la vie. Les Hollandais tirent peu de profit de leurs terres en comparaison du profit qu'ils font à porter, à reporter et à échanger toute sorte de denrées et de marchandises.

« Or cette multitude prodigieuse de petits échanges entre

les vendeurs et les acheteurs serait encore la moitié plus grande

* dans les six mois d'hiver si les acheteurs et les vendeurs n'a-

vaient rien à craindre des mauvais chemins et si Jes marchandises pouvaient se voiturer facilement aux foires, aux marchés, aux ports et aux villes.

a Quand je suppose que les terres de TÉlection de Valogne montent environ à 900,000 livres, je ne compte, dans le revenu des terres, que la valeur des denrées de la première main, c'est-à-dire le blé, le lin, la laine, etc., vendus au marché; mais je n'y compte pas les profits que font les marchands de blé, les boulangers, les fileuses, les dentelières, les tisserands, les blanchisseurs, les marchands de toiles, les manufactures de draps, les drapiers et tous les autres marchands. Ces profits de la seconde, troisième et quatrième main composent, en cette Élection, un revenu qui est au moins double du revenu des fonds de terre, c'est-à-dire qu'il monte au moins à 1,800,000 livres, et irait bien plus loin si le commerce était florissant.

« Or l'augmentation qui arriverait à cette espèce de revenu par la multiplfcation des échanges, si les chemins étaient en bon état, ne peut être estimée à moins qu'aii vingtième de ce même revenu, c'est-à-dire à 90,000 livres. Voilà encore une très-grande perte annuelle.

« Enfin, une quatrième source de pei-tes annuelles, c'est l'usure des voitures, la perte des chevaux, etc.

«f On peut compter que ces mauvais chemins causent dans rÉlection la perte de 1 cheval sur 40 pendant un hiver. Ces chevaux de voiture montent à 10,000 dans F Élection. Ainsi c'est 250 chevaux de perte que causent tous les ans à l'Élection les mauvais chemins. Et, en estimant ces chevaux à 50 francs Tun portant l'autre, ce sera 12,500 livres, sans compter les voitures brisées, les chevaux de carrosse estropiés, etc.

« Ces quatre pertes annuelles causées à l'Élection de Valogne par les mauvais chemins montent à 185,000 livres. Or, en faisant tous les ans une dépense de 20,000 livres dans cette Élection en pavés et en mouvements de terre, on peut juger

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