CHAPITRE V
que dans quatre ou cinq ans cette avance rapporterait par an plus de 800 pour 100 de profit, d
Ces estimations faites pour l'Élection de Valogne, Tauteur les applique ensuite au royaume entier à Faide d*un procédé qui manque certainement d*exactitude, mais qui était le seul dont on pût faire usage, à une époque où la statistique n'existait pas encore.
« L'Election de Valogne, dit-il, fait à peu près la huitième partie de la généralité de Caen, et cette généralité fait à peu près le tiei's de la Normandie, et, effectivement, de trente parties que paye la province à l'État, cette généralité en paye dix, celle de Rouen quatorze, et celle d'Âlençon six ou environ, et Ton peut regarder les trois généralités de Normandie comme la dixième partie du royaume. De sorte que, comme la généralité de Caen en fait la treizième partie, il en résulte que l'Élection de Valogne' en fait la 240* partie, je ne dis pas pour retendue, mais pour le revenu, parce que le terroir est des meilleurs. Les habitants y sont nombreux; ils y sont des plus laborieux et des plus industrieux. Donc, si l'Élection de Valogne profite d'environ 485,000 livres, le royaume entier profitera par an de plus de 44 millions pour une avance annuelle d'environ 4,800,000 livres d'augmentation de dépense, et par conséquent de subside sur les particuliers. »
L'auteur énumère encore divers autres avantages qui résulteraient de l'amélioration des routes, par les facilités qu'elles offriraient au commerce étranger, au transport des troupes, etc., etc.; puis il recherche quels sont les moyens de se procurer de bons chemins.
« Le moyen le plus important et le plus nécessaire, c'est rétablissement d'une compagnie et d'un bureau général des chemins et de divers bureaux provinciaux subordonnés dans chaque généralité où préside l'intendant. C'est un moyen général qui comprend tous les moyens particuliers.
« Avant mon premier mémoire, la dépense des ponts et
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chaussées ne montait par an qu'à deux millions. La cour y fît attention sous le ministère He feu M. Desmarets, à qui j'envoyai le mémoire; elle résolut de l'augmenter, et cette dépense monte présentement à plus de quatre millions. Il faut, pour faire cesser les grandes pertes des provinces éloignées de Jâ capitale, augmenter cette dépense de moitié dans ces provinces et la faire monter au moins à huit millions.
« Mais j'avoue qu'il faut supposer que ces huit millions soient employés aussi utilement qu'il sera pssible pour le public, car, s'il y en avait deux millions employés au seul profit, ou d'un grand voyer ou de ses subalternes, tel qu'il y en avait en France il y a six-vingts ans, au profit des ingénieurs, des secrétaires, des intendants, des directeurs, d'ouvrages outre leurs gages et leurs profits légitimes et au profit des entrepreneurs à forfait, ces quatre millions d'augmentation, au lieu de produire 900 pour 100 de profit, produiraient à peine 200 pour 400, ce qui serait pourtant un grand profit. »
En définitive, l'auteur propose d'établir, en le recrutant par la méthode du « scrutin perfectionné, » un conseil général dés chemins et des canaux sous la direction du ministre qui a le commerce de teire dans son département, avec des bureaux dans les provinces sous la direction des intendants. Sauf pour ce qui concerne le mode de recrutement, c'est le corps des ponts et chaussées qui existe aujourd'hui, et dont la première idée, — qu'elle soit bonne ou mauvaise, — appartient ainsi, selon toute apparence, à l'auteur du Projet pour rendre les chemins praticables en hiver.