‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 73 sur 156 · IV. PROJET POUR RENFERMER LES MENDIANTS. — Suivaut SOn · texte numérisé non relu

IV. PROJET POUR RENFERMER LES MENDIANTS. — Suivaut SOn

procédé habituel d'analyse, l'auteur recherche d'abord en quelles catégories on peut ranger les mendiants. Les deux principales qu'il subdivise en un grand nombre d'autres sont celle des mendiants qui peuvent travailler, et celle des mendiants que leur âge ou leurs infirmités rendent incapables de

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travail. 11 analyse ensuite les inconvénients de la mendicité dans ]a ville de Paris, il les classe de la manière suivante :

« Premier inconvénient, — Les 'jeunes mendiânis, accoutumés à la fainéantise et au libertinage, deviennent bientôt de petits fripons, et , quand ils ont dérobé de quoi acheter un habit, ils deviennent filous. Les voleurs se les associent bientôt après comme gens industrieux qui sont déjà accoutumés à moins craindre les remords et la punition; ainsi ils deviennent voleurs pour faire de plus grands jprofits par le vol que par là flibusterie, et l'on peut dirç que les mendiants font la principale pépinière des voleurs de grands chemins et de leurs receleurs.

« Second inconvénient, — Pour savoir quelle peut être la perte que fait FEtat par la fainéantise des mendiants, et par la perte de temps qu'ils emploient à mendier, on peut supposer dans Paris trois mille mendiants, et que Paris contient à peu près la vingtième partie du royaume. Ce seraient soixante mille mendiants fainéants dans l'Etat. Or perdre le travail annuel de soixante mille personnes, à ne compter ce travail qu'à cinq sons par jour, ou cent livres par an, c'est une perte de six millions par au.

« Troisième inconvénient, — On peut regarder comme une grande incommoililé publique de se trouver à chaque moment assailli par trois ou quatre gueux ou gueuses que Ton est le plus souvent forcé de renvoyer mécontents, soit parce que Ton n'a pas de monnaie, soit parce que l'on ne peut donner à tous, soit parce que l'on n'aime pas à donner à des gens que Ton regarde la plupart comme des fainéants volontaires. Ce sont même ceux-là qui disent le plus d'injures aux personnes qui ne leur donnent rien.

« Quatrième inconvénient, — Le soulagement de la misère des pauvres est une dette publique et particulière, dont chaque ville, dont cli.uiue habitant doit s'acquitter. Elle est fondée sur la ])remicrc loi de Téquité : ne faites pas contre un autre ce que vous ne voudriez pas qu'il fit contre vous si vous étiez à sa

place, et qu*il fût à la vôtre. Or voudriez-vous qu'on vous refusât Textrême nécessaire pour vivre si vous tombiez dans Textrême misère? Et une si grande injustice à Fégard d'un si grand nombre de malheureux n'est-elle pas un grand inconvénient et un grand défaut de police dans un grand royaume? « Cinquième inconvénient. — Il est vrai que chaque \ille nourrit, habille et loge tous ses mendiants par les aumônes manuelles, mais il y a plusieurs grands inconvénients dans cette manière de les soulager. Le premier, c'est que ceux qui reçoivent le plus de ces aumônes manuelles ne sont pas ceux qui méritent le mieux de les recevoir. Le second, c'est que ce ne sont pas les plus riches qui donnent le plus, et cependant ce sont eux qui doivent le plus porter d'une dette publique. Mais le pins grand inconvénient de l'aumône manuelle, c'est qu'elle accoutume à la fainéantise, elle prive l'État de six millions de livres en travail annuel et forme peu à peu des fripons et des voleurs.

« Sixième inconvénient. — Tout le monde convient que la mendicité est une grande incommodité journalière, et dont les étrangei's et tous les citoyens de toutes les conditions souffrent plusieurs fois le jour; et, lorsque, pour y remédier, il n'y a qu'à accorder à chaque ville la permission de lever sur les boissons im droit suffisant pour acquitter entièrement cette dette publique, on ne trouvera personne qui n'aime beaucoup mieux payer quinze ou vingt sous par muids que de souffrir tous les jours de pareilles incommodités.

« Septième inconvénient» — Je mets au nombre de ces inconvénients la mendicité des aveugles de l'hôpital des Quinze- Vingts de Paris. Il faut y suppléer par la distribution d'une réserve proportionnée à leurs besoins, aux aumônes qu'ils ramassent dans les églises en souffrant beaucoup de peine eux'^ mêmes, et en faisant souffrir beaucoup d'incommodités aux habitants. »

Le remède à cet état de chose, l'auteur l'emprunte à la Hol-

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