‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 74 sur 156 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

lande, où l'on enferme les mendiants en les faisant travailler, et où Ton pourvoit à leur entrelien à l'aide d'un droit sur les boissons. '( il y a déjà, dit-il, 45 sous d'entrée ou d'octroi sur chaque muids de vin qui entre àParis, répartis à raison de 2b sous pour les malades de F Hôtel-Dieu, et de 20 sous pour les pauvres renfermés de l'hôpital général. Il suffirait d'y ajouter 1 5 sous pour subvenir entièrement à l'entretien de la population vouée à la mendicité en la faisant travailler. » Bref, c'est le système des Dépôts de mendicité que recommande le bon abbé.

Dans un appendice, il raconte que, son mémoire ayant été communiquée la cour au commencement de 1724, le 10 juillet suivant parut une déclaration du roi pour renfermer les mendiants. « On procéda, dit-il, à l'exécution de cette ordonnance dans la capitale et dans les villes de province avec un grand succès, et il semblait que cet établissement devait durer longtemps, mais c'est à peine s'il a subsisté pendant deux ans. La cause qui l'a fait abandonner, c'est le nombre considérable de mendiants qui semblèrent sortir de dessous terre lorsqu'on s'avisa de pourvoir à leur entretien aux frais du public, en sorte que les ressources manquèrent bientôt pour continuer Tœuvre commencée. » Le bon abbé pense qu'on pourrait remédier à cet inconvénient en établissant un « bureau général perpétuel à Paris qui s'assemblerait toutes les semaines sous la direction du ministre des finances pour maintenir l'exécution de la déclaralion, consulter les personnes habiles et bien intentionnées sur les moyens d'extirper la mendicité, pour mieux administrer les iiôpitaux, et surtout pour trouver les fonds nécessaires pour cette perpétuelle exécution. »

Ce grand nombre de mendiants qui apparurent après la déclaration du roi, qui leur allouait une sorte de minimum de subsistance à la condition qu'ils fussent enfermés et astreints au travail, n'atteste qu'une chose, c'est Texcessive misère des populations à cette époque. Il n'y avait que deux moyens de

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les empèclier de se précipiter vers les dépôts de mendicité, c'était d'améliorer leur sort, — et le bon abbé y avait pourvu en proposant un projet de taille tarifée remplaçant la taille arbitraire, à laquelle il attribuait en grande partie la misère des campagnes *, — ou bien de rendre plus dure, plus pénible, la condition des pauvres renfermés dans les dépôts. Ce dernier remède, le bon abbé ne le proposait point; mais il y a apparence que son « bureau général perpétuel » aurait bientôt été obligé d'y recourir.

* <r La source la plus considérable de la inendicitc, disait-il, c'est la ruine des iaillables, qui est causée par la répartition très-disproportionnée et ruineuse qui se fait entre généralité et généralité, entre élection et élection, entre paroisse et paroisse, et surtout entre famille et famille. — I.cs enfants sont envoyés mendier par leurs parents taillables, qui n'ont plus les moyens de les nourrir. J'ai été plusieurs fois témoin m:iiheureux de cette étrange misère, et c'est pour cela que j'ai proposé, dans le projet de taille tarifée, des moyens d'cmpêcber cette disproportion ruineuse. »

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