‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 76 sur 156 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

équivoques par le changement que des règlements imprudents apportent à la valeur de ces livres numéraires. Il faut en revenir au poids et au titre de Targenl, termes non équivoques.

« Lorsque j'écris ceci en 1752, le marc d'argent monnayé, qui contient onze parties sur douze, d'argent pur, vaut en France environ cinquante livres numéraires sous Louis XV, au lieu que ce marc d'argent ne valait, sous Louis IX ou saint Louis, que quarante-huit sous ou environ.

« 2" Comme le découvreur travaille pour lui, pour ses héritiers, pour ses créanciers, et, s'il est religieux, pour sa communauté, il est juste qu'il ait une rente de vingt ans et qu'il puisse en disposer par testament.

a 5** 11 est certain que la fenune, les enfants, les confrères de celui qui découvre, sachant qu'ils peuvent profiter après sa mort de la rente due à sa découverte, procureront au décou* vreur plus de loisir, plus de commodités, plus de courage, plus de constance pour avancer sa découverte. Ainsi ils méritent de se ressentir de la récompense due à son travail.

(( Les découvreurs dans les arts et dans les sciences auront des brevets de rentes de vingt ans proportionnés à Futilité de leurs découvertes immédiatement après l'estimation du conseil consultatif de chaque ministère.

« ÉcLAiRcissËMEMs. — 1** Une grande multitude de découvertes d'une médiocre utilité, soit dans la science du gouvernement, soit dans les arts ou dans les manufactures, soit dans les sciences plus curieuses qu'utiles, opère le même effet pour le bien public qu'une ou deux découvertes.

« Ainsi il est à propos de récompenser par de petites rentes les petites découvertes bien démontrées pour donner courage aux- esprits médiocres de travailler à augmenter, selon leurs forces, Futilité de la société.

« 2" U y a partout d'habiles machinistes portés, tant par leur

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inclination naturelle que par le désir d'augmenter leur fortune, à inventer des choses très-utiles pour perfectionner les arts. Ce perfectionnement consiste à faire les mêmes ouvrages meilleurs et à plus petits frais. Ils marchent ainsi naturellement vers Futilité publique, soutenus par l'espérance de leur utilité particulière.

« La nécessité est mère de l'invention, parce qu'elle est mère des eiïorls d'application. Cela prouve que rarement les gens riches quittent les plaisirs et les amusements ordinaires de leur condition pour chercher avec peine et avec constance les inventions utiles aux autres. Nous ne devons presque rien aux riches en comparaison de ce que nous devons aux nécessiteux.

(( Mais il se trouve dans le mauvais état des affaires des nécessiteux un grand obstacle à la perfection de leurs inventions. Comme ils n'ont que le nécessaire pour subsister eux et leurs familles, ils manquent d'argent pour faire les frais de différents essais et de différentes expériences, sans lesquels essais les commissions des académies des sciences, nommées pour examiner leurs inventions, ne sauraient rendre témoignage que la découverte est complète et mise en état que le public puisse en profiler. Il manque donc deux choses pour encourager les inventions des machines, et j'en dis autant des inventions dans la chimie et dans plusieurs autres arts.

« Les académiciens qui ont été nommés commissaires pour examiner une machine conviennent que souvent il serait de l'intérêt de l'État d'aider tel machiniste nécessiteux de vingt marcs, de quarante marcs d'argent pour achever de rendre telle découverte ingénieuse parfaitement complète, c'est-à-dire utile au public; mais il manque aux académiciens un ordre général de la cour, qui leur ordoime de donner en ces occasions leur avis pour obtenir tel secours afin de faire telles expériences. Ainsi le machiniste est arrêté dans son travail, et ce qu'il avait inventé jusque-là devient inutile au public, parce que, faute d'expériences suffisantes, il n'a pas suffisamment prouvé que,

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