CHAPITRE yi
RITE. — L'auteur pose comme règle que « la valeur d'un livre, d'un règlement, d'un établissement ou autre monument public, est proportionnée au nombre et à la grandeur des plaisirs actuels qu'il procure et des plaisirs futurs qu'il doit procurer au plus grand nombre d'hommes... »
Voici comment il explique cette règle :
« La valeur d'une chose, c'est le résultat de l'estime qu'en font les hommes: Or les hommes n'estiment et ne doivent estimer les ouvrages qu'à proportion que ces ouvrages contribuent à augmenter leur bonheur, c'est-à-dire à proportion qu'ils leur procurent des plaisirs actuels plus grands et plus durables, ou à proportion qu'ils les délivrent de maux plus grands et plus durables, soit pour le présent, soit pour l'avenir.
« ... Je ne prétends point comparer ici le mérite des différents auteurs, ni la grandeur ni la justesse de leur esprit, ni la pureté ni Fardeiur de leurs motifs; mais uniquement le mérite de livre à livre, d'invention à invention, d'édifice à édifice; de sorte que l'invention de l'imprimerie, par exemple, qui a été trouvée et perfectionnée successivement par des ouvriers d'un esprit très-médiocre, peut valoir cent fois davantage que tout ce que feu M. Leibnitz, Allemand, et feu M. Newton, Anglais, très-grands physiciens, très-grands géomètres, ont inventé de plus utile et publié dans leurs livres pour augmenter le bonheur de la société humaine, parce que le public tirera cent fois plus d'utilité de l'art de l'imprimerie que des écrits, merveilleux pour leur temps, de feu M. Leibnitz et de feu M. Newton.
(( Ce n'est pas que ces deux puissants génies n'aient découvert des choses fort difficiles à découvrir; mais, malheureusement pour leur réputation et pour notre utilité, ils n'ont pas eu l'esprit assez élevé pour choisir entre les études difficiles celles qui sont les plus utiles à la société.
(( Aussi nous dirions volontiers : Plût à Dieu qu'au lieu de nous laisser des découvertes difficiles et curieuses pour
des géomètres ils nous en eussent laissé (Vautres aussi difficiles, au^si cu7ieuseSy mais beaucoup plus utiles au public! »
En conséquence, le bon abbé regrette que ces deux génies supérieurs ne se soient pas appliqués « à perfectionner la science du gouvernement, dans laquelle les moindres découvertes sont incomparablement plus uliles que les plus grandes qui se font dans un genre moins beau et moins utile, tel qu'est ^e genre de la géométrie et de la physique. »
Il cherche ensuite de quelle manière il convient de procéder pour apprécier Tutilité des règlements, des monuments, des découvertes, des livres, et il établit les cinq règles suivantes pour reconnaître le degré d'utilité des règlements, par exemple :
« 1" Par le nombre de familles auxquelles ils procurent des plaisirs et qu'ils garantissent de certaines peines, de certaines douleurs, ou dont ils diminuent ces peines et ces douleurs.
« 2* Par la durée de ces plaisirs.
« 3° Par la sensibilité de ces plaisirs.
« 4** Par la grandeur ou la sensibilité des peines qu'ils épargnent.
(1 5* Par la durée de ces peines.
« On peut de même comparer facilement avec ces règles Futilité d'un bâtiment public à Futilité d'un autre bâtiment public et des autres établissements publics entre eux; il n'est pas si facile de comparer l'utilité de livre à livre, mais la chose est possible, et ce serait une méthode pour introduire les démonstrations arithmétiques dans la morale et surtout dans la politique pour mesurer la valeur des bienfaits que les hommes procurent à leur patrie.
« De ces cinq articles d'utilité, il suit en général que les ouvrages de mathématique et de physicjue qui, comme quelquesuns de ceux de M. de Réaumur, poussent la spéculation jusqu'à