‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 96 sur 156 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

bien observée par les autres; or quelle est cette loi connue de ces deux souverains et de tous les hommes? Quelle est cette convention ou celte maxime si avantageuse que chacun soit trèsintéressé à l'observer et à la voir bien observée?

(( La voici en forme de loi :

« Ne faites point œntre un autre ce que vous ne voudriez point qtiil fît contre vous si vous étiez à sa place et s il était à la vôtre, et, si vous lui avez fait tort, dédommagez-le comme vous voudriez en être dédommagé s'il vous avait fait pareil tort.

(( La voici en forme de convention :

« Vour notre bonheur mutuel, nous sommes convenue que nous ne nous causerions aucun mal, aucun tort, aucun dommage sans le réparer.

a La voici en forme de maxime de prudence :

« Il est de V intérêt de tout homme que les autres ne fassent point contre lui ce qu'ils ne voudraient pas qu'il fît contre eux, et par conséquent il est juste qu'il ne fasse pas contre eux ce qu'il ne voudrait pas qitils fissent contre lui.

« Telle est la première de toutes les lois, la première de toutes les conventions, la première maxime de prudence de la société. Elle est connue de tous les hommes, parce qu'elle leur est dictée à tous par leur propre intérêt. Or nous supposons qu'ils doivent le connaître, cet intérêt, puisque le but de toutes leurs actions, c'est leur intérêt, c'est-à-dire la conservation ou l'augmentation de leur bonheur.

« Intérêt de la conservation de leur vie, intérêt de la conservation et de Faugmentation de toutes leurs sortes de bien, inlérêt de la cessation ou de la diminution de toutes leurs sortes de maux.

« Comme j'ai vu de l'équivoque dans ces termes dont se servent les auteurs : Droit naturel, droit des gens, droit pihlic, et que les uns leur donnent plus d'étendue que les autres, j'évite de m'en servir; je ne parle ici que de celte première loi, qui

est non-seulement l'origine du droit entre souverain et souverain, qui n'ont nulle société permanente, mais encore l'origine du droit entre citoyen et citoyen d'une même société permanente.

« C'est de cette loi générale qu'on peut déduire toutes les autres lois générales et particulières, qui sont entre tous les hommes, soit qu'ils vivent en société sous une police perpétuelle et sous un arbitrage permanent, soit que, faute d'arbitrage permanent, ils vivent encore en guerre ou actuelle ou prochaine.

a Ainsi on peut dire que l'origine du droit entre souverain et souverain, c'est cette première loi, cette première convention tacite, celte première maxime de prudence, et que l'origine de celte loi elle-même, de cette convention, de cette maxime, c'est leur intérêt muluel.

« Abstine a malo, ne faites de mal à personne, ne faites point d'injustice de peur de déplaire à l'Être souverainement juste, et de peur d'en être puni dans la seconde vie. Ainsi rendre tout ce que vous devez, biens, services, complaisances, politesses, vous pouvez demander tout ce qui vous est dû, mais ne demandez rien de plus, voilà le conunandement de la justice naturelle, de la raison religieuse ou de la religion raisonnable, et c'est aussi la justice de la loi chrétienne.

(( Outre la loi qui nous est si avantageuse pour diminuer nos malheurs, nous sentons encore en nous un conseil intérieur pour augmenter mutuellement notre bonheur.

« Foc bonum.

« Faites pour un autre ce que vous voudriez qu'il fît pour vous si vous étiez à sa place et sHl était à la vôtre, en conservant la justice que vous vous deve% à vous-même et à tous les autres, et le tout pour plaire à VÊtre souverainement bienfaisant et pour eti obtenir le paradis dans la seconde vie.

« Voilà le conseil de la bienfaisance religieuse, et de la religion naturelle et raisonnable, et de la religion chrétienne.

« Le caractère de la bienfaisance est de rendre plus que l'on

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