Cf. chapitre VIII, p. 175 et chapitre XI, p
2. Cité par C. Seroux d'Agincourt dans V Exposé des projets de paix perpétuelle de Vahhé de Saint-Pierre (et de Henri IV ) de Bentham et de Kant. Paris, 1905, p. 501.
3. Parmi les projets de paix publiés au siècle dernier et de nos jours on lient citer le Nouveau projet de paix perpétuelle entre tous les peuples de la chrétienté. Ouvrage composé et revu plusieurs fois dans Vintervalle de temps de 1815 à 1826, sans nom d'auteur. Paris, Delaunay, 1826, 2 volumes ; La grande illusion (Paris, Hachette, 1910), où Fauteur s'efforce de montrer que la force militaire est devenue dans le monde moderne, au point de vue économique et social, la plus vaine des vanités ; et le Nouveau Projet de traité de Paix Perpctuelle par le docteur Marchand (Paris, Renouard, 1842) qui termine son ouvrage en donnant en 142 articles le « Projet de traité de confédération entre les puissances. »
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ment résolu des différends très graves et fort difficiles à trancher, comme celui auquel donna lieu entre la Russie et l'Angleterre le fameux incidènt de Hull, comme celui de Casablanca dans lequel l'amour-propre et la dignité, sinon l'honneur de deux grandes nations se trouvaient engagés.
Mais de ces magnifiques conquêtes, dont nous avons le droit d'être fiers, faut-il conclure qu'un jour viendra fatalement où les peuples régleront toujours leurs conflits autour du tapis vert ^ ? Il est permis de l'espérer, mais jusqu'à présent les événements ne sont pas faits pour en donner l'assurance. « Si un prince puissant, écrivait l'abbé de Saint-Pierre, voulait, i3référant le bonheur de ses sujets à la gloire du conquérant, prendre en main cette cause de la paix, il pourrait arriver à faire appliquer mon projet. » Ce prince s'est révélé et il ne paraît pas que la généreuse tentative de Nicolas II ait produit le merveilleux résultat que prophétisait l'optimiste abbé.
Il y a une dizaine d'années, quand le czar appela tous les états du monde civilisé à La Haye, que proposait-il ? En politique avisé, il se gardait bien de demander au Congrès la proclamation hic et nunc de la paix universelle. Il ne proposa même pas le désarmement à longue échéance. Plus modeste dans ses ambitions, il formula ses vœux dans les propositions suivantes : 1^ Les nations s'engageaient en cas de conflit et en tant que les circonstances le permettraient, à recourir à la médiation d'une puissance amie avant d'en venir aux mains. 2° Si cet engagement venait à être méconnu par les nations litigantes, la parole était aux autres puissances qui avaient l'obligation morale d'intervenir et de les rappeler au respect de leur signature. 3^ Pour assurer l'efficacité de cette médiation, une commission internationale était instituée, ayant pour mission d'élucider les circonstances qui auraient donné naissance au conflit et d'éclaircir sur les lieux les questions de fait. 4^ Enfin l'arbitrage — non plus la médiation — était obligatoire à titre d'exception pour régler certains différends d'ordre secondaire limitativement déterminés, ne touchant ni aux intérêts vitaux, ni à l'honneur national
1. Cf. dans Les Pères de la Révolution française par J. Fabre, dans le chapitre consacré 'à l'abbé de Saint-Pierre, le paragraphe intitulé : L'élaboration graduelle de la justice internationale (p. 91 et suiv.).
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des parties en cause, tel le cas où il y aurait à interpréter une convention postale.
L'opinion avait accueilli l'initiative du czar non seulement avec faveur, mais avec la conviction que de la conférence de La Haye il sortirait des résultats importants. Pendant plusieurs mois on a discuté, de magnifiques discours ont été prononcés... et à quoi a-t-on abouti ? A une convention ? Non pas, mais à un vœu platonique, à une recommandation. La commission, en dernière analyse, n'a pu se mettre d'accord que sur un point : c'est qu'il y avait lieu de recommander l'arbitrage comme le moyen le plus équitable et le plus efficace de régler les litiges entre nations. Pour le cas où cette parole de paix viendrait à trouver un écho, on constitua une cour d'arbitrage dont chaque puissance peut se servir ou se passer à sa guise.
En réalité, c'était un avortement et on l'a vu avec trop d'évidence quelques années plus tard, quand la Russie elle-même s'est trouvée malgré elle engagée dans une guerre dont personne ne pouvait prévoir les conséquences ni la fin.
Dès le début du gouvernement de Juillet, en 1831, des conférences s'étaient tenues à Paris entre les ambassadeurs des grandes puissances et dans le protocole qui fut alors signé, les contemporains eurent la joie de lire ces lignes qui légitimaient de belles espérances en faveur de la paix : « Les soussignés, dans le but d'affermir la paix générale et de soulager les peuples du fardeau des armements extraordinaires qui leur sont imposés, ont reconnu avec une vive satisfaction, après un examen attentif de la situation actuelle de l'Europe, que les rapports d'union et de bonne harmonie heureusement établis entre les puissances et basés sur rindépendance des états, ainsi que sur le principe inaltérable du maintien des traités, rendent aujourd'hui possible l'adoption d'une mesure qui forme l'objet des vœux les plus ardents de leurs gouvernements : celle du désarmement. »
Nous ne pourrions plus, maintenant faire ces heureuses constatations, car, tandis que le monde continue à retentir des hymnes à la paix, on entend le bruit des armes que l'on forge partout avec la même hâte et la même terreur d'être surpassé et devancé par son voisin. Les budgets de l'armée et de la marine ont augmenté dans des proportions si considérables qu'on peut se demand«îr s'ils ne conduiront pas à La banqueroute les grandes
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puissances européennes. Cette vision des épées éguisées, cette odeur de poudre sèche donnent à réfléchir. Le temple de Janus pourrait bien encore ouvrir ses portes et, pendant que nous appelons de tous nos vœux l'ère de la paix perpétuelle, nous devons songer au sage proverbe latin : Si vis pacem, para hélium. Nous ne faisons du reste en cela que partager l'avis du bon abbé de Saint-Pierre car, à l'encontre de Bentham et de Kant qui considéraient le désarmement comme une des causes de la cessation de la guerre, l'abbé ne l'a jamais envisagé que comme une conséquence de la perpétuité de la paix.