‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 102 sur 287 · Molinari, op. cit., p · texte numérisé non relu

Molinari, op. cit., p

3. Cf. le Projet pour perfectionner le gouvernement des Etats. (Ouvrages de politique et de morale, t. III, p. 198 et suiv.).

l'abbb de saint-pierre

et il cherche les moyens de la rendre impuissante. De l'autre, il apparaît bien qu'il n'a pris de la devise républicaine que la fraternité. La seule liberté qu'il réclame est celle de faire des mémoires politiques et il n'imagine pas qu'on puisse en souhaiter (J'autre. Il ne faut pas non plus lui parler d'égalité car si ce cadet de famille demande la suppression du droit d'aînesse pour augmenter sa part d'héritage, il n'a pas la moindre velléité d'anticiper sur la nuit du 4 août et de renoncer à ses privilèges.

Essayez de dégager un argument en faveur de l'une ou de l'autre des deux thèses dans ces quelques lignes qu'il écrivait à propos d'un livre du marquis d'Argenson : Jusques où la démocratie peut être admise dans le gouvernement monarchique ^. « L'auteur, dit-il, parait un peu plus porté pour la démocratie que pour la monarchie et il aurait raison à cause du proverbe : "plusieurs yeux voient mieux qu'un seul, quoiqu'il ne soit pas toujours vrai s'ils ne sont égaux en bonté. Cela serait vrai encore si le peuple pouvait étudier aussi utilement la science du gouvernement que les plus riches ; cela serait vrai encore si parmi le peuple l'intérêt particulier y cédait plus souvent que chez les grands à l'intérêt public. Pour une bonne démocratie il y faudrait six ou sept classes supérieures et inférieures de politiques habiles qui fûssent parvenus par le scrutin de la plus basse classe à la plus haute ; toutes ces classes rassemblées pourraient représ'enter utilement le peuple pour faire de nouveaux règlements, de nouveaux établissements et pour créer de nouveaux subsides. Mais, sans cela, je ne suis pas plus pour la démocratie que pour nos monarchies ordinaires telles qu'elles sont encore imparfaites par rapport à la plus grande utilité publique. ))

En réalité, l'abbé de Saint-Pierre a voulu faire avant toute chose œuvre pratique et il n'a pas pris le temps d'esquisser in abstracto un système politique comme allaient en élaborer les philosophes du siècle. Il se contente d'améliorer, de perfectionner, comme il dit, le gouvernement de chaque Etat et le moyen le plus simple, le plus expéditif est de se servir de ce qui existe. Aussi va-t-il se baser sur le maintien du statu quo, comme il l'avait déjà fait à propos de la paix perpétuelle. Il sera monarchiste en France et en Espagne, républicain à Venise et en Suisse

1. Manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal 2337 (57 S. A. F.).

l'abbé de raint-pierre politique

et il imaginera une constitution capable de s'adapter à tous les gouvernements.

Cette constitution, il l'a comparée lui-même à un orgue de barbarie, sur lequel un enfant de dix ans peut jouer un très bel air en tournant une manivelle, sans rien savoir de la musique, et cela par l'effet nécessaire de l'ingénieuse construction de l'instrument ^. L'abbé a confectionné l'orgue ; il se compose de plusieurs parties que nous étudierons dans les paragraphes suivants. Quant à la personne qui tournera la manivelle, doit-elle être un roi, un doge ou un président, cela n'a pas d'importance. Le monarque est-il infirme, jeune ou sans expérience, la régente sans capacité pour les affaires ^ ? On ne s'en apercevra même pas. La machine de l'abbé de Saint-Pierre « ayant une fois son mouvement, agit d'elle-même, se dirige elle-même vers la plus grande utilité publique. L'Etat devient florissant par sa seule bonne constitution ^. » Qu'est-il besoin après cela de perdre son temps à vouloir passer de la république à la monarchie ou inversement * ?

Sans doute on trouvera dans maints endroits de son œuvre et principalement dans ses Annales Politiques des dissertations en faveur du droit héréditaire. Dans les Observations politiques sur le gouvernement des rois de France, on le verra même qualifier Pépin le Bref d'usurpateur ^ et dire que le concile national de Soissons, les Etats du royaume et la décision des papes ne peuvent couvrir l'injustice de son usurpation. Cette opinion découle très nécessairement non pas des idées monarchiques de l'abbé de Saint-Pierre, mais de son horreur de la guerre civile, (( le plus grand malheur dont un Etat puisse être afïligé. » Il est pour l'hérédité parce que « dans le droit que donne la naissance seule, tout est disposé de longue main à l'obéissance au fils aîné ou à son fils et par conséquent à la tranquillité publique ^. )>

Cela est si vrai que le jour où un bouleversement intérieur

1. Projet pour perfectionner le gouvernement des Etats, p. 40.

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