Jugement sur la Polysynodie de Vahhé de Saint-Pierre
l'abbé de saint-pierre politique 159
Non content d'ouvrir les conseils à la noblesse et à la magistrature, l'abbé de Saint-Pierre demandait en effet de soumettre les membres de ces conseils à l'élection : ils auraient eu le droit de se recruter eux-mêmes. Il lui paraissait évident que si les conseils n'étaient remplis que des créatures des ministres il n'y aurait point de liberté réelle et de réforme sérieuse.
L'abbé va encore plus loin en instituant un conseil général ou conseil suprême destiné à être « le centre, le soutien, l'âme et le lien de tous les conseils particuliers », c'est-à-dire à tenir la place du roi, à penser et à travailler pour lui, à le suppléer lorsque la maladie, la minorité, les veilles ou l'aversion du travail l'empêchent de « faire ses fonctions ». Il invente la formule que M. Thiers devait rendre fameuse : le roi règne et ne gouverne pas. « Si par miracle, dit Rousseau, qui résume les idées de l'abbé, quelque grande âme peut suffire à la pénible charge de la royauté, l'ordre héréditaire établi dans les successions et l'extravagante éducation des héritiers du trône fourniront toujours deux imbéciles pour un vrai roi. Il y aura des minorités, des temps de délire et de passion qui ne laisseront souvent à la tête de l'Etat qu'un simulacre de prince. Il faut cependant que les affaires se fassent. Chez tous les peuples qui ont un roi, il est donc absolument nécessaire d'établir une forme de gouvernement qui se puisse passer du roi, et dès qu'il est posé qu'un souverain peut rarement gouverner par lui-même, il ne s'agit plus que de savoir comment il peut gouverner par autrui, c'est à résoudre cette question qu'est destiné le discours sur la polysynodie ^. »
« Un conseil, ajoute l'abbé, n'est point sujet aux défaillances des rois ; il n'est jamais infirme, il ne vieillit point, il est toujours laborieux et intelligent. Il n'y a pas à craindre avec lui ces temps calamiteux si communs dans les monarchies. » Quant au monarque il n'aura à intervenir que « dans les grandes circonstances, dans les affaires extraordinaires )) en sa qualité de dictateur-né.
C'est, pour employer le terme de l'abbé lui-même, le régime de Varistomonarchie ou encore ce que Rousseau appelle le gouvernement subordonné ou le gouvernement en sous-ordre. Le monarque reste toujours absolu. Nous disions au début de ce chapitre que l'abbé de Saint-Pierre n'a pas songé à remplacer