Abrégé du traité de la Polysynodie
la royauté par la république ; il n'a même pas proposé d'édifier une monarchie constitutionnelle au lieu d'une monarchie absolue. Comme il veut mettre le gouvernement entre les mains des plus sages, à quoi bon une opposition qui n'aurait d'autre résultat que de gêner la manœuvre des pilotes et d'exposer le navire à se briser contre les écueils ! Son idéal de gouvernement c'est le despotisme éclairé que l'on retrouve au xviii^ siècle dans les œuvres de Voltaire, de d'Argenson, et de Grimm et dans celles de d'Aguesseau et de Turgot. On y sent, dans une certaine mesure, l'inspiration de Fénelon, qui avait rêvé d'une monarchie à l'image de la famille, « où le père ne décide pas de tout despotiquement... et consulte ses enfants les plus âgés et les plus sages- ^ ». Mais aucun n'est allé, comme l'abbé, jusqu'à vouloir enlever au roi toute la réalité du pouvoir pour en faire un être sinon inutile du moins condamné à un rôle purement représentatif ou décoratif. A ce point de vue, l'auteur de la Polysynodie est bien l'un des plus novateurs parmi les philosophes politiques du xviii® siècle.
L'abbé de Saint-Pierre s'est plu à décrire minutieusement tous les avantages de son système. ïl a d'abord compris que le danger était du côté des vizirs et des sultanes, c'est-à-dire du côté des ministres et des favorites qui allaient mener la France à l'orgie politique, financière et morale de la régence avant d'ajouter à son histoire pendant le règne de Louis XV des pages que l'on voudrait déchirer. Nous sommes à l'époque où Lesage vient de faire paraître son Gil Blas et de montrer comment, quand on manque de scrupules, en même temps que de naissance, on réussit à faire son chemin. Il sufïit de passer, comme dit Brunetière ^, par le canal de la domesticité. Alberoni et Dubois éloignent la noblesse du gouvernement et l'on comprend la remarque de Rousseau : « Un homme de naissance, dit-il, qui n'a pour cette foule de valets que le mépris qu'ils méritent, dédaigne d'entrer en concurrence avec eux dans la même carrière et le gouvernement de l'état est toujours prêt à devenir la proie du rebut de ses citoyens ^. » La polysynodie perfec-