‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 108 sur 287 · Abrégé du discours sur la Polysynodie · texte numérisé non relu

Abrégé du discours sur la Polysynodie

l'abbé de saint-pierre politique

tionnée, en établissant dans l'administration civile « des grades honnêtes », permettait de rapprocher la noblesse des affaires et de donner non plus à la bassesse, mais au mérite, la direction du gouvernement. De plus, elle enlevait aux femmes le pouvoir qu'elles avaient usurpé, car il est plus facile à une intrigante de placer un vizir que cinquante conseillers et de séduire un homme que tout un collège.

Le régent avait eu l'idée de faire circuler les départements entre les membres du conseil des finances. L'abbé de Saint- Pierre propose d'étendre cette disposition à tous les conseils pour prévenir les malversations des commis « qui, changeant de bureaux avec leurs maîtres, n'auront pas le temps de s'arranger pour leurs friponneries aussi commodément qu'ils le font aujourd'hui )) ; pour faire disparaître la routine et pour ménager plus d'égalité dans le pouvoir. Elle empêchait aussi les présidents des conseils de rester trop longtemps au même poste et de devenir par la suite des demi-vizirs, c'est-à-dire des ministres à la Richelieu ou à la Mazarin.

La polysynodie avait encore d'autres avantages. Une assemblée nombreuse et éclairée aurait donné plus de lumières au roi qu'un ministre général. Le monarque lui-même eût été plus apte aux affaires car il n'aurait pu assister aux conseils sans s'en instruire. En un mot, les bienfaits de la polysynodie devaient être la prédominance de l'intérêt général sur l'intérêt particulier et « l'augmentation des lumières chez les gouvernants. »

L'abbé de Saint-Pierre a fait remarquer que l'exécution de son plan n'était pas applicable en tout temps. Il y a des moments de crise où les conseils permanents doivent céder la j)lace à des commissions extraordinaires. Ainsi, quand les finances sont dans un certain désordre, il faut nécessairement les confier à un seul homme, à un Rosni ou à un Colbert. « Ce qui signifierait, dit Rousseau, que les conseils ne sont bons que pour faire aller les affaires quand elles vont toutes seules. »

La remarque de l'abbé est en effet bizarre ; l'auteur s'en est excusé lui-même quelques années plus tard. Le Discours sur la Polysynodie, écrira-t-il en 1733, « n'était qu'une première ébauche très imparfaite, mal digérée, où il y a plusieurs vues fausses et plusieurs expressions peu exactes et qui ont donné lieu à des interprétations entièrement opposées à mes iiiteii-

l'abbé de saint-piebre

tions ^. )) C'est peut-être aussi, parce qu'il n'était qu'une ébauche, que le discours sur la polysynodie est un des mieux écrits parmi les ouvrages de l'abbé. Rousseau l'a prétendu ^ et il pourrait bien avoir raison.

Cette ébauche, l'abbé l'a reprise pour la modifier et la continuer dans son Projet pour perfectionner le gouvernement des états ^. « Ce qu'il y avait de bon dans le discours sur la polysynodie a été mis dans ce projet où le système est présentement éclairci, rectifié et commue il est bien lié et que les fondements en sont bien démontrés, il se perfectionnera de règne en règne lorsque, pour le bonheur des états d'Europe, quelque souverain aura commencé à intéresser les ministres pour en faire l'essai ^. »

Au lieu des huit conseils qu'il proposait dans la Polysynodie, l'abbé de Saint-Pierre se contente de conseils facultatifs ou de bureaux auprès de quatre ministères. Les deux premiers de ces ministères devaient s'occuper des affaires « du dedans )), le troisième des « affaires du dehors », c'est-à-dire des relations avec les puissances étrangères, le dernier, supérieur aux autres, eût été le ministère général. Quant aux conseils, leur rôle se bornait désormais à donner des avis. Voilà les modifications...-

Les additions sont plus importantes car c'est dans cet ouvrage que sont exposées les théories de l'abbé de Saint-Pierre sur l'académie politique et sur la méthode du scrutin perfectionné... théories qu'il aurait suffi d'appliquer pour amener l'âge d'or !

La paix perpétuelle n'était que V éclaircissement du projet de

1. Projet pour 'perfectionner le gouvernement dés Etats, p. 94.

Page 1