Jugement sur la polysynodie de Vahhé de Saint-Pierre
3. Ouvrages de politique et de morale, t. III. Dans Vépître au roi, placée en tête de V Abrégé du Projet de Paix Perpétuelle (édit. de 1729) il écrit : « J'espère, dans peu, vous présenter l'éclaircissement d'un merveilleux plan de gouvernement que l'on attribue à votre illustre père, prince très éclairé, très laborieux et très bienfaisant. Il contient deux moyens propres pour gouverner avec une grande facilité et cependant avec un très grand succès. »
4. Projet pour perfectionner le gouvernement des Etats, p. 94.
l'abbe de saint-pierre politique
Henri IV. Ici, l'abbé va se placer sous l'égide du duc de Bourgogne, car, suivant le mot de Voltaire ^, il ressemblait aux anciens législateurs qui disaient avoir reçu leurs loiç de la bouche des demi-dieux. « C'est dans l'établissement de l'académie politique et dans l'établissement du scrutin perfectionné, dit-il au début de l'ouvrage ^, que consistait la forme de gouvernement que l'on attribue au duc de Bourgogne. » Il ajoute même un peu plus loin, avec non moins d'assurance, que ces projets ont été retrouvés dans les papiers du prince.
Voltaire s'est chargé de faire tomber la légende. « On remontra à l'abbé de Saint-Pierre qu'il était faux -que dans les papiers du duc de Bourgogne on en eût trouvé un seul qui eût le moindre rapport à ces romans politiques, qu'il n'était pas permis d'abuser ainsi d'un nom si respectable et de mentir si grossièrement pour autoriser les chimères ^. »
L'abbé dut répondre en s'excusant : « Je n'en ai de preuves que des ouï-dires vraisemblables. C'était un prince très appliqué à la science du gouvernement, plein de bonnes intentions, qui demandait aux hommes les plus vertueux et les plus habiles des mémoires pour bien gouverner qu'il mettait à part, apostillait de sa main ceux qu'il approuvait pour les relire et pour les perfectionner.. . De là sont nées apparemment les opinions qu'il eût exécuté ces beaux projets si une mort précipitée ne l'eût empêché de régner. Je n'ai donc sur cela que des ouï-dire... etc »
On pourrait répliquer à l'abbé de Saint-Pierre, conclut très justement Voltaire, que ces prétendus ouï-dires n'avaient pas le moindre fondement et qu'il les inventait pour s'autoriser
1. L'abbé de Saint-Pierre, dit Voltaire, d'ailleurs excellent citoyen, s'y prenait d'une autre façon pour faire goûter ses idées .. . Il les appuyait du suffrage du duc de Bourgogne et prétendait que ce prince avait toujours été occupé du scrutin perfectionné, de la paix perpétuelle et du soin d'établir une ville pour la diète européenne, ou européane ou eiu'opaine. Il ressemblait aux anciens législateurs qui disaient avoir reçu leurs lois de la bouche des demi-dieux. » (Doutes sur le testament du cardinal de Richelieu. Edit. Moland, t. XXV, p. 307).
2. Projet 'pour perfectionner le gouvernement des Etats, p. 10.
3. Défense de Louis XIV contre les Annales politiques de Vahbé de Saint- Pierre. (Extrait des Fragments sur l'histoire générale). Edit. Moland, t. XXIX, p. 267.
4. Projet pour perfectionner le gouvernement des Etats, p. 191 et 192.
d'un grand nom. Il ne tenait qu'à M. Caritidès ^ d'attribuer ses projets à Louis XIV ^.
Pour en revenir à la théorie de l'abbé de Saint-Pierre, il s'agissait de montrer au lecteur « une chose de la dernière importance, c'est qu'avec le secours de l'académie politique et du scrutin perfectionné, une régente ordinaire et par conséquent un roi peu habile et peu laborieux gouvernerait l'Etat avec beaucoup plus de succès que le prince le plus intelligent, le plus laborieux, le plus bienfaisant, ne pouvait jamais le gouverner sans un pareil secours ^. »
L'académie politique, composée de quarante membres, se recrutait dans trois compagnies di étudiants politiques, de trente membres chacune, pris dans la magistrature, dans la noblesse et dans le clergé. Le tiers-état en était par conséquent exclu. Chacune de ces compagnies devait nommer au scrutin trois membres entre lesquels le roi en choisissait un et ainsi de suite jusqu'à ce que le nombre des quarante académiciens fût atteint. En cas de vacance, on recourait au même procédé ^.
L'académie politique une fois constituée avait un double rôle. D'abord elle examinait les mémoires renfermant des vues ou des inventions nouvelles dans le domaine des sciences du gouvernement et récompensait leurs auteurs. En second lieu, elle était destinée à pourvoir au recrutement des conseils.
Aux yeux de l'abbé de Saint-Pierre, le bonheur de l'Etat dépend de son progrès en politique et il faut essayer de diriger le plus possible les esprits cultivés vers la science du gouvernement. « Veux-tu faire croître le mérite, dit un proverbe persan, sème la récompense. » L'académie politique aura précisément ce rôle « de démêler les bons mémoires des mauvais, de juger du degré d'utilité de chaque projet et par conséquent de la grandeur de la récompense » à donner à l'inventeur ^. L'abbé propose d'attribuer à l'auteur d'un bon projet une rente annuelle de