‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 118 sur 287 · Œuvres complètes, t. V, p · texte numérisé non relu

Œuvres complètes, t. V, p

taires, ni attachés à du temps, si l'on veut conserver dans l'Etat cette émulation si importante au service de la nation ^. )>

Il admet même qu'on puisse acheter un titre pour de « l'argent » si la somme est considérable et si « elle procure à l'Etat une plus grande utihté publique que celle qu'ont procuré les autres nobles ». Quant à l'hérédité elle est essentiellement mauvaise, le fils et le petit- fils ne travaillant plus pour l'utilité publique parce qu'ils n'ont plus à attendre de récompense capable de les exciter à bien faire.

C'est contre le titre de duc qu'il a dirigé ses plus violentes attaques : « Autrefois, dit-il ^, les titres honorables n'étaient point distingués des emplois honorables, un duc était un général d'armée comme le mot latin Dux le montre. Général d'armée est un titre très honorable parce que c'est un emploi très honorable, et cet officier mérite des honneurs et des distinctions flatteuses parce qu'il est regardé comme un homme choisi avec justice entre les plus vaillants et les plus habiles capitaines pour rendre au péril de sa vie de très grands services à la patrie.

« De là il suit que les généraux d'armée, tels que sont parmi nous les maréchaux de France, devraient être les vrais ducs de France, que ça été une très mauvaise politique de créer des ducs sans emploi, sans fonction de général d'armée, que ça a été une très grande imprudence de créer des ducs héréditaires, et que c'est le comble de l'injustice et de la malhabilité de donner des préséances et des distinctions honorables à la Cour à des personnes qui n'ont aucun mérite distingué envers la nation et de refuser ces distinctions à des maréchaux de France illustres, tels qu'étaient il y a quatre-vingt-dix ans le maréchal de Gassion, le maréchal de Fabert et de notre temps le maréchal de Catinat et le maréchal de Vauban, etc.. qui n'ont jamais été ducs. ))

(( L'hérédité du titre de duc, écrit-il ailleurs, est très nuisible aux Etats... Il est de l'intérêt de ces fainéants honorés qu'on ne leur reproche pas leur fainéantise, leur peu de talents et leur vie inutile et oiseuse ; ainsi ils jettent autant qu'ils peuvent du mépris sur ceux (pii travaillent et cherchent à se distinguer pour

1. Ouvrages de politique et de morale, t. VII, p. 48. — Cf. Les Annales Politiques, t. I, p. 26.

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