Mémoire pour diminuer le nombre des procès, p
Colbert a travaillé progressivement ^ à l'unification du droit, il n'a même pas eu le temps de s'occuper des matières de droit civil. Ses grandes ordonnances sont si bien rédigées qu'elles ont servi de modèle aux codes spéciaux qui furent faits plus tard sur les mêmes matières. Lamoignon ne rêve pas non plus d'une réforme radicale et subite : il tenta de codifier tout le droit civil, il est vrai, mais avec l'intention de ne le mettre d'abord en vigueur que dans la coutume de Paris, puis dans les pays de droit écrit, enfin après une troisième période, dans la France entière ^. Son œuvre allait être reprise par le chancelier d'Aguesseau.
L'abbé ne rend donc pas justice à ses deux illustres devanciers. Il n'est pourtant que leur modeste continuateur. Au lieu des discussions serrées et des exposés précis qui caractérisent les ordonnances de Colbert et les arrêtés de Lamoignon, nous apercevons, dans le projet de l'abbé, nombre d'observations, d'éclaircissements, d'objections, de réponses qui obscurcissent parfois la matière au lieu de la rendre plus nette. Il demande quelque part que l'on renonce « à ces vieux termes, à ces vieilles expressions, qu'on ne comprend plus, qu'il est nécessaire de commenter et qui sont l'origine de tant de procès. » Il a raison, mais s'il fallait les remplacer par ses expressions, son style et son mode de discussion, nous croyons bien que ce serait tomber de Charybde en Scylla.
Néanmoins, au milieu de ces développements longs et confus, apparaissent beaucoup d'idées justes qui ne sont pas sans lui faire honneur, à lui, ou à ses inspirateurs... car notre écrivain est honnête et ne prétend pas au mérite de l'invention : « J'ai trouvé en communiquant mes vues à plusieurs magistrats et à plusieurs jurisconsultes très expérimentés et très éclairés, qu'elles leur étaient pour la plupart déjà venues à l'esprit. Ainsi je ne fais proprement dans cet ouvrage que suppléer par mon travail au loisir qui leur manque en donnant à ces pensées l'étendue qu'elles demandent ^. )>
1. En 1667, il s'occupe de la procédure civile ; en 1670, de la procédure criminelle ; en 1673, du commerce terrestre ; en 1681, de la marine.
2. Arrêtés de M. le P. P. de L. ou les lois projetées dans les conférences du 'premier président de Lamoignon pour les pays coûtumiers de France et pour les pays qui s'y régissent par le droit écrit. Paris, 1702.