‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 124 sur 287 · Ihid., p · texte numérisé non relu

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de force. » Au surplus, à un seul peuple il faut une seule loi. « S'il n'est pas nécessaire que les Normands aient des lois locales contraires entre elles en Normandie, est-il nécessaire que les Français aient des lois locales contraires entre elles dans le royaume de France ? . . . Ne sont-ils pas présentement une même nation ? »

Quelques années après l'apparition du projet de l'abbé de Saint-Pierre, les ordonnances de d'Aguesseau sur les donations (1731), sur les testaments (1735) et sur les substitutions (1747) allaient être, après l'œuvre de Colbert, le second essai pratique de codification. Avant de mourir, l'abbé eut la joie de voir publier les deux premières. Il en conclut que, par le temps que ces ordonnances avaient mis à se former, l'unification du droit français demanderait au moins quarante ou cinquante ans pour s'accomplir ^. C'est qu'en effet l'œuvre était ardue — il fallait supprimer les traditions locales et vaincre l'opposition des provinces — si ardue même que personne ne la reprit. On continua, selon l'expression de Voltaire ^, à changer de lois en voyageant aussi souvent que de chevaux et, sauf pour les matières .unifiées par Colbert et d'Aguesseau, le droit français devait rester divisé et morcelé jusqu'au jour où la Révolution apporterait non pas la modification progressive que l'abbé avait réclamée, mais une réforme radicale.

Le mot statistique n'apparaît pas dans la langue française avant la seconde moitié du xviii^ siècle. Cela ne veut pas dire que la chose fût inconnue auparavant et, de fait, elle existait depuis un siècle quand Gottfried Achenwall, professeur à l'université de Gœttingue, la baptisa de ce nom en 1749. Dans son livre de la Dime, Vauban parle du « projet de dénombrement et de l'utilité à en retirer ^ » et l'opuscule de l'abbé de Saint-Pierre est intitulé : Utilité des dénombrements.

A vrai dire, cette science de la statistique, qui a pris de nos jours une si grande extension, était encore à ses débuts. Vauban fut peut-être le premier à en comprendre l'importance. L'abbé

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