Ouvrages de politique et de morale, t. IV, p
l'abbé de saint-pierre économiste
bien erronés ; mais ce que nous voulons retenir de ses mémoires sur les chemins, c'est la conscience qu'il a du rôle joué par le transport dans la circulation des richesses.
Ce qui augmente le prix des marchandises, écrit-il ^, ce sont les frais du voyage ; souvent elles ne coûtent presque rien sur le lieu, comme la pierre dans la carrière. Mais il en coûte pour la tirer et pour la transporter. Il faut entretenir des hommes et " des chevaux, acheter des voitures. « Or, si les chemins étaient aussi commodes en temps de pluie qu'en temps sec, si par des zigzags ou par des tournants on avait rendu plus faciles les montées et les descentes, si par des pavés on avait remédié aux trous et aux ornières... chaque cheval porterait en hiver autant qu'en été, c'est-à-dire un quart de plus, et ferait un quart plus de chemin en même espace de temps. De même, s'il y avait plus de ponts, on abrégerait fort le chemin. «
En second lieu, le commerce se faisant par des échanges où le plus souvent les parties gagnent l'une et l'autre, il serait avantageux pour les citoyens de les faciliter ; on obtiendrait ce résultat si dans les six mois d'hiver les acheteurs et les vendeurs n'avaient rien à craindre des mauvais chemins et si les marchandises pouvaient se « voiturer » facilement aux foires, aux marchés, aux ports et aux villes.
De plus, ajoute l'abbé, il y a beaucoup de gens qui ont des terres à visiter et qui n'osent y aller l'hiver, les chemins n'étant point praticables. « Ainsi, ils manquent à vendre et à acheter à propos, les denrées trop gardées dépérissent, les réparations triplent, les moulins chôment, les ouvriers ne sont employés qu'à demi... et toutes ces choses sont en pure perte pour l'Etat. »
L'abbé de Saint-Pierre n'oublie pas non plus l'importance des voies de communication au point de vue stratégique. D'après lui, la principale qualité d'un général d'armée est la célérité, et il faut, pour exécuter rapidement un plan de campagne, que la marche des troupes soit rendue aisée par le bon état des routes.
C'est dans la création d'un bureau général des chemins et canaux qu'il place toute sa confiance. A ce bureau seraient subordonnés des bureaux provinciaux présidés par l'intendant, dont les membres devraient être recrutés d'après la méthode