Ouvrages de politique et de morale, t. IV, p
2. Cf. « Deux lettres de M. Vahhé de Saint-Pierre à monsieur de Tourlaville, 1707 » publiées par le co/nlr de Blangy. Caen, Valin, 1894.
l'abbé de saint-pierre économiste 217
Nous avons constaté que c'est principalement au point de vue commercial que l'abbé de Saint-Pierre se place pour envisager l'utilité des bons chemins. C'est qu'on ne saurait trop favoriser le commerce, n'est-il pas un élément « nécessaire pour augmenter considérablement les richesses des Etats et les commodités des sujets ? » Il « augmente le travail et l'industrie de la nation » ; rend l'argent plus productif ; diminue la mendicité ; contribue pour une grosse part à la richesse privée et par là même à la richesse publique ; permet d'utiliser plus avantageusement les colonies ; fait progresser les arts et les sciences ; c'est enfin un des meilleurs agents de la paix européenne ^.
Le bon entretien des routes était un des moyens proposés par l'abbé pour aider au relèvement de notre commerce, mais il y en a beaucoup d'autres : tels la réfection des canaux et la réforme des lois commerciales dont un bureau spécial devrait avoir la charge ; il y a surtout la bonne réglementation du commerce maritime auquel l'abbé a consacré le Projet pour perfectionner le commerce de France 2. « Je ne parle guère dans cet ouvrage que du commerce maritime, dit-il ^. Ce n'est pas que le commerce par terre et les manufactures ne méritent une grande considération, mais parce que le commerce maritime est de beaucoup le plus considérable )) et il ajoute : « Comme entre les commerces maritimes celui de la compagnie des Indes tient le premier rang, je m'y arrêterai aussi davantage. »
Il fait sur le commerce une véritable théorie où il analyse très justement la loi de l'offre et de la demande ; préconise la liberté dans la fixation du prix, excepté pour le pain et se rend parfaitement compte de cet élargissement de l'échange qu'on appelle le crédit On le voit insister sur l'avantage qu'il y aurait à multiplier les petits ports le long des côtes ; il propose de faire exploiter