Ihid., t. V, p. 196 et
4. Voyez aussi V Observation sur le commerce intérieur d'un Etat. (Ouvrages de politique et de morale, t. VIT).
l'abbe de saikt-pierre
les' colonies par des familles pauvres. Il veut surtout vaincre le préjugé qui éloigne du commerce la noblesse française et nous devons dire quelques mots sur ce point que l'abbé de Saint- Pierre traite avec beaucoup plus de détails que les précédents.
Depuis le milieu du siècle de Louis XIV, la noblesse ne dérogeait plus en faisant le commerce maritime, mais elle y manifestait peu de goût. La plupart du temps les cadets continuaient d'opter entre la carrière militaire et l'état ecclésiastique au lieu d'imiter la noblesse anglaise « beaucoup plus sensée » qui se jetait dans le commerce et répugnait à « demeurer inutile dans les provinces », Pour développer le goût et les aptitudes du commerce l'abbé demande l'établissement de deux compagnies de trente cadets nobles, l'une à Port-Louis ^ et l'autre dans les Indes.
Ces cadets devaient apprendre pendant deux ans les principes de la navigation et du commerce et les « langues commerçantes », pour voyager ensuite sur les vaisseaux comme écrivains ou comme suppléants des enseignes. « De cette manière, remarquait l'abbé ^, le commerce maritime se peuplera peu à peu en cent ans de l'ancienne noblesse dont les uns seront capitaines, les autres directeurs, les autres dans les emplois subalternes et tout cela viendra des deux pépinières de ces deux compagnies ^. » Ces compagnies ne seront pas formées tout d'un coup, mais on choisira tous les ans dix écoliers de Paris, dont les parents auront donné leur nom au registre de la compagnie des Indes, quand ils auront atteint l'âge de quinze ans ; chaque année dix cadets quitteront l'établissement de Port-Louis ou celui des Indes et seront remplacés par le même nombre d'écoliers. « Ainsi on ne pourra pas craindre qu'un trop grand nombre de noblesse abandonne la guerre pour se jeter dans le commerce »
Ce n'est pas à la France à s'enrichir par la supériorité de son commerce, objectera-t-on, c'est à elle à soumettre les nations commerçantes à la supériorité de ses armes, c'est à Rome à subjuguer Carthage. « Discours d'esprits frivoles ^ » répond l'abbé,