‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 158 sur 287 · Ihid., t. V, p. 207 et · texte numérisé non relu

Ihid., t. V, p. 207 et

ment trop indifférent et trop négligent, peut-être fut-il découragé aussi par l'affaiblissement continu de notre commerce qui allait porter jusqu'à la Révolution la peine de la révocation de l'édit de Nantes et des désordres financiers de la Régence.

Aux projets de l'abbé de Saint-Pierre sur le commerce, il faut ajouter un mémoire sur le pédiposte, qui n'a pas été publié, mais qui n'en est pas moins intéressant ^. Le Pédiposte, c'est la poste à pied que l'abbé propose d'établir à Paris sur le modèle de la Penny-poste, ou poste à un sou, établie à Londres en 1680. Il s'agissait de faire porter pour un sou les lettres et les paquets pesant moins d'une livre d'une extrémité de Paris à l'autre et même dans la banlieue. A Paris, les courriers auraient eu lieu presque à toute heure du jour, dans la banlieue le matin et le soir seulement.

De même, disait l'abbé, que l'établissement de la grande poste a augmenté considérablement le commerce et procuré une très grande utilité aux sujets et à l'Etat, de même le pédiposte, toutes proportions gardées, sera aussi utile aux habitants de Paris et des environs. « Pour juger de l'utilité de la grande poste par rapport au commerce, on peut compter que la dépense des hommes et des chevaux qui y sont employés monte à plus de trois millions, qu'outre cela il en revient au roi plus de trois millions et comme l'utilité qu'en retirent les sujets est dix fois plus grande que ce qui leur en coûte, on peut assurer que cette utilité pour tout le royaume monte à plus de soixante millions par an. On peut- estimer sur le même pied l'utilité qui revient aux habitants de Londres de la penny-poste, car pour nourrir et entretenir cent personnes, le fort portant le faible, avec les loyers des bureaux et autres frais de régie, il faut plus de quarante mille francs. Outre cela, la compagnie qui tient le penny-poste à ferme en rend plus de vingt-cinq mille francs de fermage et y gagne au moins quinze mille livres. Ces trois articles font quatre-

1. Ms. de la bibliothèque de V Arsenal 4258, 437 HF, fol. 58. On trouvera ce mémoire aux Pièces justificatives, p. 364.

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vingt mille livres. Or comme l'utilité qu'en retire chaque habitant de Londres et des environs monte à dix fois plus qu'il ne lui en coûte, il est évident que le profit total, que leur procure à tous cet établissement, monte à plus de huit cent mille hvres par an et c'est un pareil profit que l'établissement de la pédiposte procurerait aux habitants de Paris et des environs, et c'est ce que je m'étais proposé de démontrer. »

Le mémoire de l'abbé de Saint-Pierre est de 1716 ou de 1717.- C'est vers cette époque précisément que l'on plaça des boîtes dans Paris pour permettre de faire passer une lettre dans l'intérieur de la ville, par exemple .du Luxembourg à la Grange Batelière. Mais les Parisiens ne trouvèrent rien de mieux que de les remplir d'immondices ou de les briser pendant la nuit. La réforme resta en suspens et l'abbé n'eut pas le plaisir de voir la création de la petite poste en 1759 desservie par deux cents facteurs. « Le roi, raconte Barbier dans son journal, étabht un bureau de correspondance par poste entre les citoyens de la ville de Paris dans l'enceinte des barrières moyennant deux sols par lettre que l'on paiera d'avance au bureau où l'on mettra la lettre ^. » Encore cette réforme ne réalisait pas pleinement le vœu de l'abbé, qui rêvait d'élargir le ressort de la petite poste en y comprenant les bourgs et les villages de la banlieue de Paris.

Les idées de l'abbé de Saint-Pierre sont plus discutables lorsqu'il propose au roi de favoriser et au besoin de provoquer « cette pente générale des sujets de province de venir demeurer dans la capitale et de l'agrandir par leur séjour ^. ^) Il touche au grand problème de la centralisation et de la décentraUsation en prenant délibérément parti dans le sens opposé aux idées de la plupart des penseurs de son siècle. Les promoteurs de la décentraKsation ne seront pas sans lui jeter la pierre ; et les autres, ses partisans, devront reconnaître que les avantages qu'il promet aux grandes villes n'ont pas tous une très grande valeur. Plus la capitale sera grande et peuplée, dit-il, plus il sera aisé de mettre un terme aux guerres civiles. N'est-ce pas une erreur évidente et ne faut-il pas

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