‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 164 sur 287 · Cf. ch. III, p · texte numérisé non relu

Cf. ch. III, p

3. Ms. Genty. Pour perfectionner les histoires générales (revu en 1739).

4. Projet pour établir les annalistes d'Etat. (Ouvrages de politique et de morale, t. IV, p. 229).

l'abbé de saint-pierre historien

L'abbé ajoute : « Il serait à souhaiter que les historiens de la nation fussent toujours d'excellents politiques pour nous instruire de ce qui nous aurait pu préserver de nos malheurs. Mais comme c'est un souhait inutile, il est à propos que nos philosophes politiques suppléent à ce qui manque à nos historiens ^. » Voilà pourquoi il va de nouveau prendre la plume.

Seulement, il voudra faire ressortir avec tant de netteté les leçons morales et politiques de l'histoire, les dégager et les formuler lui-même avec tant d'évidence, — au lieu de laisser au lecteur le soin de tirer les conséquences pratiques — qu'il en viendra fatalement à envisager les faits d'un point de vue exclusif et à les raconter d'une manière incomplète. N'allons pas lui demander de dire toute la vérité ; il n'admet pas la règle posée par Cicéron : Quis nescit primam esse historiée legem, ne quid falsit dicere audeat, deinde ne quid veri non audeat ^. Les hommes, à son avis, ne sont que des enfants, et il faut leur donner des histoires expurgées. Il a distingué l'histoire de la chronique : l'histoire, c'est-à-dire les actions, les entreprises et les qualités du prince et des grands hommes qui emploient leurs talents au service de la patrie ; la chronique, c'est-à-dire le récit des découvertes arrivées dans le même temps ; et il écrit « qu'il faut au chroniqueur un esprit de précision, une crainte d'affirmer mal à propos, une attention à ne pas donner comme certain ce qui n'est que douteux, enfin il faut une grande exactitude dans les citations, toutes qualités qui ne sont pas nécessaires au même degré à V historien ^. »

Pourvu qu'après la lecture de l'histoire nous soyons persuadés qu'il faut appliquer la fameuse règle : Ahstine a malo, fac bonum, pour y trouver notre profit, le reste est inutile. Quand l'abbé propose de créer des annalistes d'Etat et qu'on lui objecte leur partialité à l'égard du gouvernement qui les paiera, il répond : « Ne vaut-il pas encore mieux, pour les lecteurs, avoir du beau faux à approuver et à imiter, que du vilain faux à haïr * ? »

Il a encore un autre but ; il y voit le moyen de vulgariser ses

1. Observations politiques sur le gouvernement des rois de France. (Ouvrages de politique et de morale, t. IX, p. 2).

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