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l'abbé de saint-pierre historien
L'homme puissant est au dernier échelon de la hiérarchie. La puissance lui est venue, la plupart du temps de la naissance, des conjonctures de la fortune ou des différents arrangements ^ extérieurs de la Providence ^. Les sérieuses qualités de l'esprit et du cœur lui manquent, il n'a point procuré de grands bienfaits à la société, ce n'est pas un homme estimable. « En un mot, la grande puissance seule ne fera jamais un grand homme ^. )> Le prototype de l'homme puissant, c'est Louis XIV.
L'homme illustre s'est distingué par ses bienfaits et ses grands talents, mais non par sa grande vertu. Tel Alexandre « qui n'agissait que par ambition pour son propre intérêt, pour son propre agrandissement, pour son propre plaisir ^. » Tel César « qui ne travaillait que pour sa propre élévation et pour augmenter sa propre puissance * ». L'homme illustre ce sera encore celui qui a mis toute son ardeur, toute sa constance, toute la force de son esprit à surpasser ses pareils, et y a réussi malgré de très grandes difficultés ; seulement ses efforts ne visaient que des bagatelles « très peu utiles à la grande augmentation du bonheur de sa patrie ^ ». Ainsi, Molière, ayant eu le tort de ne rien perfectionner et de ne rien démontrer, ne sera pas classé dans la catégorie des grands hommes mais dans celle des hommes illustres. L'abbé a soin d'ajouter qu'il emploie le terme d'une façon absolue. Il se sert même quelquefois, pour mieux faire comprendre sa pensée de l'expression : Homme illustre tout court ^.
Le grand homme enfin mérite notre estime, nos louanges, notre respect intérieur parce qu'il a travaillé au bonheur du genre humain avec désintéressement, soit par Vaction comme Epaminondas soit par la méditation comme Descartes ^. Le premier a été inspiré par un grand désir du bien public, a surmonté de grandes difficultés et a rendu de grands services à son pays, il remplit les trois conditions que l'abbé exige des prati-