Cf. chapitre XIII, p
l'abbé de saint-pierre historien
par donner l'exemple et ces deux opuscules sont les premiers — et les derniers — d'une collection qu'il entrevoyait monumentale ^.
Ce n'est pas que l'abbé soit un fervent admirateur de Sparte... Il s'élève contre l'usage qu'avaient les Lacédémoniens « de dérober finement les meubles peu utiles et de pur luxe ^ » ; il se scandalise de ce que Lycurgue ait permis aux plus belles jeunes filles de chanter toutes nues devant les jeunes gens les louanges des citoyens ^ morts pour la patrie ; il ne comprend rien à l'absence complète de travail, d'industrie et de commerce, au partage égal des terres qu'il remarque à Lacédémone ; l'éducation des hommes lui semble trop exclusivement militaire...
Pourquoi citer Lycurgue en exemple alors qu'il a tant de reproches à lui faire ? C'est que Lycurgue s'est distingué dans l'histoire par une action très louable. « Le prince son frère, l'un des deux rois héréditaires, vint à mourir et, à ce que l'on croyait, sans enfants : ainsi il devenait roi par sa naissance, car on ne savait pas que la reine veuve était grosse. Dès que cette veuve s'aperçut de sa grossesse, elle fit dire en secret à Lycurgue que s'il voulait lui promettre de l'épouser, elle savait bien les moyens de se délivrer de sa grossesse sans danger » Mais Lycurgue repoussa les propositions de cette femme... Bien plus, il pria quelques fidèles officiers de se trouver à l'accouchement de la reine, en leur ordonnant de lui apporter aussitôt l'enfant. Il se trouvait alors à souper avec plusieurs magistrats, il prit l'enfant — c'était un garçon — et dit à ses convives avec un heureux empressement : Voilà votre roi. « Toute l'assemblée, qui était fort nombreuse, se leva et témoigna une grande joie, ce qui fit que Lycurgue le nomma sur-le-champ Carilaûs, comme qui dirait joie du peuple. Il le donna à la nourrice et eut toujours grand soin de sa santé et de son éducation ^. »
On pourrait peut-être ajouter que l'abbé de Saint-Pierre a choisi Lycurgue pour avoir l'occasion de critiquer les Antrustions et en même temps de placer, ou plutôt de recommander