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son Projet de paix. Il montre en efïet que ce fameux tribunal n'a pas donné tous les résultats qu'on en devait attendre faute d'un article essentiel ^ : il manquait un arbitrage perpétuel composé des députés de toutes les républiques grecques, pour juger à la pluralité des voix les différends entre Etats et pour faire exécuter leurs jugements par une supériorité suffisante de troupes toujours prêtes à faire obéir les parties condamnées. Cette remarque faite, l'abbé en ajoute une autre pour rappeler le projet merveilleux et pacifique du roi Henri IV. « Je l'ai éclairci de nos jours, et il le sera toujours de plus en plus dans la suite, jusqu'au jour où le Salomon de son siècle aura l'honneur de l'exécuter ». L'abbé ne se contente même pas de faire cette digression à propos de son projet - — notez que l'opuscule ne contient que trente-cinq petites pages — il va y consacrer encore une vingtaine de lignes un peu plus loin 2. Il est vrai que dans la Vie de Solon il n'y fera aucune allusion.
L'abbé de Saint-Pierre se trompe moins sur Solon que sur Lycurgue. Tandis que le Lacédémonien n'était en réalité qu'un chef de régiment qui dicte des ordres du jour ou rédige des règlements de service, — ce dont l'abbé ne s'est pas aperçu — Solon a le caractère d'un véritable législateur. Aussi l'auteur de la Polysynodie a-t-il la compétence suffisante pour le juger, et il le fait avec justesse. Solon est encore un pacificateur, et l'auteur de la Paix Perpétuelle doit admirer celui dont la sagesse termina, pour un moment du moins, les discordes profondes qui avaient affaibli la patrie et qui l'avaient conduite à la guerre civile.
L'abbé, à la fin de l'opuscule, émet un jugement qui étonne au premier abord. « Je croirais volontiers, dit-il ^, Lycurgue plus courageux et en un sens plus vertueux que Solon, mais je croirais Solon plus humain, plus indulgent, d'une humeur plus douce et plus sociable que Lycurgue ; tous deux d'un esprit égal, mais Lycurgue plus estimable et Solon plus aimable. » Si l'on réfléchit quelques instants, on se rappelle qu'aux yeux de l'abbé, Lj^curgue est lui aussi un véritable législateur, et que c'est un honneur pour Solon de lui être comparé. Au surplus, ce sont « les plus