‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 17 sur 287 · Revue des Deux-Mondes, 1850, t. I, p · texte numérisé non relu

Revue des Deux-Mondes, 1850, t. I, p

tessenciées et ses raisonnements sophistiques ^. » C'est l'ami de l'abbé de Saint-Pierre, c'est Fontenelle. Déjà il médite ses entretiens sur la Pluralité des mondes, son Histoire des miracles, son Origine des fables qui sont à la veille de paraître ^, pour jeter le mépris et le ridicule sur les croyances traditionnelles. Il s'en dégagera comme une odeur subtile d'impiété « que les contemporains, hommes et femmes, respireront avec délices parce qu'elle leur sera présentée dans des flacons élégants et bien ouvragés et dont le fond intellectuel de l'époque sera bientôt imprégné complètement ^= »

L'abbé de Saint-Pierre passa environ trois ou quatre ans à courir ainsi des cours de Lémery à ceux de l'abbé Bourdelot et autres, non sans discuter leurs théories, car l'auditeur n'était pas de ceux qui s'inclinent sans être convaincus. La discussion a toujours été pour lui l'indispensable pierre de touche qui sert à vérifier la qualité du métal. « J'avais des camarades, dit-il ^, avec lesquels je disputais souvent à la promenade sur ces matières. Je crois devoir à ces exercices l'habitude à l'application, la docilité à tout écouter, à tout examiner, la facilité à changer d'opinion quand j'en apercevais une plus vraisemblable, la fermeté à garder mon opinion tant que je ne trouvais rien de plus vraisemblable... Et si j'ai acquis quelques connaissances utiles, je crois les devoir à ces trois ou quatre années d'exercices de mon esprit dans l'étude de la physique. »

Ce que l'abbé de Saint-Pierre ne dit pas, c'est que dans ce milieu il acquit, ou plutôt il développa une tendance qui était chez lui trop accusée pour n'être pas innée : celle de transplanter en matière philosophique le raisonnement et la forme usitées dans les sciences exactes. Nous retrouverons dans tous ses écrits les traces de cette influence. On comprend, sans qu'il soit besoin

1. L. Maigron, Fontenelle, V homme, l'œuvre, V influence, p. 420.

Page 1