Chapitre XII, p. 25a
préoccupation trop exclusive de présenter ses projets. Il a, au surplus, un autre souci, celui de répondre au Charles XII de Voltaire. Voltaire lui a envoyé un exemplaire de son livre, et l'abbé trouve, non sans raison, que l'auteur n'a eu qu'un but : celui de plaire ^. Aux louanges du littérateur, il va opposer la vérité ; au lieu de « divertir les dames d'esprit et les autres enfants )> il va instruire les hommes et plus particulièrement (( ceux qui nous gouvernent ^ » en montrant Charles XII possédé d'une idée fixe et absurde, celle d'imiter César et Alexandre. Seulement, il aurait pu, tout en restant historien, écrire d'une façon plus soignée. Les « dames d'esprit » ne sont pas les seules à aimer le beau style.
C'est tout une revue de notre histoire agrémentée de remarques originales que l'abbé de Saint-Pierre a esquissée dans ses Observations politiques sur le gouvernement des rois de France. Depuis Pharamond jusqu'à Louis XIV, tous les monarques sont jugés les uns après les autres : Qu'ont-ils fait, qu'auraient-ils dû faire ? Ce sont les deux questions qui vont se poser à chaque règne. La seconde réponse ne variera pas : Paix perpétuelle, Scrutin perfectionné, Education des dauphins reviendront toujours sous la plume de l'abbé. En ce qui concerne les événements eux-mêmes, nous ne serons guère renseignés que sur ceux qui peuvent amener l'auteur à placer un de ses remèdes favoris.
Les détails que l'abbé nous donne sur les rois Mérovingiens sont assez curieux. Grâce à lui, nous savons que Childéric, fils de Mérovée, était grand, beau, bien fait, mais que ce don Juan préhistorique avait le tort d'abuser de ses avantages auprès des dames de la cour, ni plus ni moins que Louis XIV, ce qui lui fournit occasion d'observer qu'une belle figure est souvent pour les princes la source des plus grands malheurs ^. Il nous
1. Cf. aux pièces justificatives, p. 359, la lettre que l'abbé écrivit à Voltaire à cette occasion.
2. Expressions employées par l'abbé de Saint-Pierre dans sa lettre à Voltaire.