‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 19 sur 287 · Chapitre du Mérite Personnel · texte numérisé non relu

Chapitre du Mérite Personnel

2. Ouvrages de politique et de morale, t. IV, p. 101 ; t. V, p. 138, etc.. Cf. Chapitre xiii, Les théories de F abbé de Saint-Pierre sur la littérature et sur les beaux-arts.

3. L'abbé avait été voué par ses parents à saint François dont il porta l'habit jusqu'à sept ans. (Mémoires de Charles Castel).

montrés. Toutes ces raisons réunies semblent amener naturellement cette conclusion que l'abbé, à vingt ans, en arrivant à Paris, ne pouvait pas être au point de vue religieux l'incroyant qu'il est devenu plus tard.

Ces raisons ne sont point sans valeur. La thèse contraire nous paraît cependant reposer sur des bases plus solides que nous exposerons brièvement.

Il est bien certain que l'abbé de Saint-Pierre n'a rien de commun avec ces égotistes littéraires qui, depuis Montaigne en passant par Rousseau et ses disciples, eurent la vaniteuse naïveté de croire qu'ils devaient au public leur confession, c'est-à-dire (( le récit de leur vie la plus intime et la description de leur moi le plus secret ^. » L'auteur de la Paix perpétuelle et de la Taille tarifée estimait qu'il avait autre chose à faire que d'écrire et de livrer à l'imprimerie le journal de son âme. Mais, à côté des vingt ou trente ouvrages qu'il a consacrés à développer et à propager ses projets, il a entretenu, notamment avec les femmes dont il s'était fait le directeur de conscience, une correspondance assez volumineuse où il parle dans l'intimité et sans réticence de tout ce qui le touche. Nous avons en outre sur sa jeunesse des mémoires inédits ^ qui, s'ils ne sont pas de lui, sont de quelqu'un qui l'approcha de près ^.

Or ce qui nous frappe, c'est que dans tous ses écrits — où cependant la question religieuse revient à tout propos et même hors de propos — on ne rencontre pas une ligne qui fasse allusion à une évolution dans les croyances du jeune provincial. On admettra pourtant que s'il s'était produit chez lui une de ces crises morales assez intense pour aboutir à la déroute de sa foi, un déchirement analogue à celui dont Jouffroy nous a laissé l'inoubliable expression dans une page célèbre, l'abbé qui n'avait rien à dissimuler et qui ne craignait pas de dire ce qu'il pensait, en aurait glissé quelques mots, ne fût-ce qu'à ceux pour lesquels il n'avait pas de secrets.

De l'éducation qu'il a reçue, le seul souvenir qu'il ait con-

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