‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 192 sur 287 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

l'abbé de saint-pierre éducateur

qui surveillaient de leurs yeux, comme le maréchal de Belle- Isle, toute l'éducation de leurs fils pour la conduire eux-mêmes avec méthode, sévérité et tendresse, on peut en dire autant de l'attitude des mères à l'égard de leurs filles. Ouvrez les mémoires de M^^e de Genlis ^ et vous verrez comment la petite Félicité de Saint- Aubin est élevée à la maison : Elle ne voit ses parents (( qu'un moment à leur réveil et aux heures des repas » et passe sa vie avec des femmes de chambre. N'eût-il pas mieux valu la mettre au couvent, chez ces religieuses de Saint-Cyr dont l'abbé s'est plu, à très juste titre, à nous vanter les qualités d'éducatrices. Hélas, dans ce siècle raffiné où la vie de salon a détruit l'union du foyer, les petites de Saint- Aubin ne sont malheureusement pas rares et nous devons féliciter l'abbé d'avoir écrit à leur intention le Projet "pour multiplier les collèges de filles.

N'en est-il pas de même à beaucoup d'époques, et celle que nous vivons montre-t-elle une génération de mères éducatrices ? Sans être pessimiste, on peut constater que trop de femmes n'ont point la force ou ne veulent pas montrer l'énergie nécessaire pour diriger l'éducation de leurs filles. Les projets de l'abbé de Saint-Pierre seront très bons pour leurs enfants. A condition toutefois qu'on exige de sérieuses garanties des maîtresses qui auront mission de pétrir ces jeunes intelligences, et c'est sur quoi l'abbé insiste en proposant de donner à ces maîtresses une éducation spéciale, appropriée à leur délicate mission.

Il n'y avait alors qu'une seule maison d'éducation digne de ce nom, la célèbre maison de Saint-Cyr. L'abbé voulut en faire une pépinière de maîtresses, et il rêva d'y fonder V ordre de V Education.

Il a fallu attendre jusqu'à 1881 pour que l'école normale supérieure de Sèvres vienne réaliser le vœu de notre auteur. Il n'y a qu'une disposition du projet de modifiée, les « Sévriennes » ne constituant pas un ordre religieux. L'abbé de Saint-Pierre lui-même aurait été le premier à souscrire en 1881 à cette modification bien secondaire à ses yeux.

1. Ch. 2 et 3. Cité par Taine. U Ancien régime, édit. in-12, 1. 1, p. 211.

Madame Dupin prétendait que son sexe était aussi capable que l'autre d'occuper les emplois publics et de suivre les carrières que les hommes se réservent. Elle revendiquait pour les femmes le droit d'avoir une influence utile dans le gouvernement, de prendre part aux affaires publiques, de s'immiscer dans les négociations diplomatiques, d'exercer même le pouvoir suprême ^. A notre époque, on eût dit qu'elle était une ardente féministe ; peut-être aurait-elle réclamé sa place parmi les suffragettes, car elle n'aurait pas admis vraisemblablement que, sous un régime égalitaire, les hommes seuls eussent le droit de voter. C'est précisément pour permettre aux femmes de grimper à l'assaut de toutes les fonctions publiques qu'elle s'occupa de leur éducation.

On voit qu'elle était loin de poursuivre le même but que Fénelon qui subordonnait le savoir au jugement et à l'utilité pratique et qui envisageait avant tout la femme dans son rôle au foyer domestique.

L'abbé de Saint-Pierre est de l'avis de Fénelon, de l'avis de madame de Maintenon aussi, cette femme de bon sens qui eut du génie en matière d'éducation 2. « Le but des collèges de filles, écrit-il ^; c'est de les élever pour être et femmes et mères de famille et voisines justes et bienfaisantes. « Il n'est pas féministe, le bon abbé, quoiqu'il veuille pour les femmes, une certaine instruction, Les jardins de Chenonceaux — l'allée de Sylvie comme disait Jean-Jacques — ont dû entendre plus d'une fois les discussions aimables et courtoises qu'il avait avec madame Dupin.

Il se plaisait du reste beaucoup à dialoguer sur ce sujet. Un jour, qu'il était très occupé à prouver à une de ses amies l'inégalité des sexes, voici qu'une tierce personne vient troubler leur entretien. Il part. Mais le lendemain il reprend par écrit la discus-

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