‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 193 sur 287 · Oiivrarjes de politique et de m,orale, t. XIII, p · texte numérisé non relu

Oiivrarjes de politique et de m,orale, t. XIII, p

l'abbé de saint-pierre éducateur

sion interrompue : « Madame, il me semble que nous n'étions pas encore parfaitement d'accord hier, quand une visite est venue m'enlever une prosélyte, mais je ne lâche pas prise aisément, j'y perdrais trop et vous n'y gagneriez point assez ^. »

Un autre jour il a constaté avec peine qu'après une discussion très vive chacun a conservé son opinion. C'est la « fin ordinaire de toutes les disputes, remarque-t-il ^, parce que la conversation, lorsqu'elle est tumultueuse, entraîne toujours le désordre des idées et par conséquent la faiblesse des raisons. » Mais il ne se tient pas pour battu et il prend aussitôt la plume pour montrer que la vie retirée des femmes en Espagne, en Portugal et en Italie est bien plus convenable que la liberté dont elles jouissent en France.

L'ancien élève de Fanatomiste Duverney s'est souvenu de ses premières études pour en conclure, grâce aux rapports mystérieux du physique et du moral, qu'il y a une grande différence entre l'âme de l'homme et celle de la femme, différence qui est tout à l'avantage de l'homme.

(( L'anatomie raisonnée, dit-il ^, nous montre que le corps des femmes en général est plus délicat, plus mou que celui des hommes, que les vaisseaux sont plus lâches, moins élastiques et plus pleins de liqueurs que les nôtres ; de là il suit que peut-être les femmes penseront plus vivement, plus finement, plus délicatement que les hommes, mais il suit également qu'elles auront moins de suite dans leurs pensées, moins de force dans leurs raisonnements, moins d'étendue dans leurs vues. Il suit que comme les abeilles elles seront très propres à cueillir un peu de miel sur des fleurs, mais qu'elles ne pourront jamais l'employer à ses différents usages, le varier, changer sa forme, lui donner cette consistance qui le rend plus utile qu'agréable ; il suit qu'elles seront très propres à la conversation et aux ouvrages d'amusement, mais que bientôt, lasses d'un premier effort, elles ne pourront traiter une matière dont il faut établir une multitude de principes, combiner et rapprocher une infinité de consé-

Page 1