‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 195 sur 287 · Ms Genty · texte numérisé non relu

Ms Genty

l'abbé de saint-pierre éducateur

presque nécessairement la raideur des sentiments. Au contraire, la vie retirée et paisible que vous menez vous laisse toujours avec vous-mêmes... la délicatesse de vos organes donne moins d'essor aux sens, donne moins de prise au vice. »

Frédéric I^^ ne pouvait souffrir une femme dans les rues. Quand il en rencontrait quelqu'une, il la renvoyait chez elle avec une paire de soufflets ou quelques coups de canne disant : « Que fait ici cette gueuse ? Les honnêtes femmes restent dans leur ménage. » L'abbé de Saint-Pierre, sans aller jusqu'à cette extrémité, remarque avec satisfaction que dans l'antiquité les femmes observaient de ne pas fréquenter les hommes pour éviter les occasions de manquer à leurs devoirs.

Jetons les yeux, ajoute-t-il, sur toute la surface de la terre et nous verrons que' le même usage est partout observé, en Asie, en Afrique, en Europe, partout... sauf en France. En effet, « toute aimable, toute raisonnable qu'est cette nation, elle a le malheur de se soustraire en ce point à l'ordre naturel. C'est moins un crime pour eux qu'une faute occasionnée par le vice de leur constitution et de leur établissement dans le pays qu'ils occupent. Tout le monde sait que les Français d'aujourd'hui sont les descendants d'un essaim que les aquilons ont chassé du Nord, cet essaim en venant inonder et envahir les Gaules amena avec lui des femmes et des enfants. Pendant le voyage et pendant le cours des combats et des victoires, les femmes étaient indispensablement mêlées avec les hommes et vivaient avec eux. Comme cette événement n'a pas été l'ouvrage d'un jour, l'habitude de ce mélange se forma et dégénéra en usage, qu'on n'imagina peut-être "pas de combattre par la difficulté qu'il y aurait eu à le vaincre. )> et il ajoute : « L'on ne peut nier que cet usage n'entraîne avec lui de plus grands inconvénients que son contraire Ces inconvénients il les résume ainsi : les femmes qui jouissent d'une grande liberté ne s'occupent pas de leurs enfants et risquent de perdre leur vertu et leur honneur.

1. Toutes ces citations sont extraites des manuscrits de M. Gentj-. Nous trouvons dans le Portefeuille de madame Dupin (p. 263-302) une lettre sur les femmes que M. de Villeneuve -Guibert attribue à l'abbé de Saint-Pierre, et où Fabbé expose des théories très féministes. Mais nous inclinons à croire que ce n'est pas de lui, le style de cet'te lettre n'ayant rien de commun avec celui de notre abbé.

(( Ce n'est pas assez de perfectionner les collèges pour les riches, si le gouvernement ne songe pas en même temps aux moyens de perfectionner la raison du bas peuple en perfectionnant la sorte d'éducation que les maîtres d'école, les curés et les vicaires peuvent donner au peuple les fêtes et les dimanches et surtout aux habitants des campagnes ^. » Aussi, après avoir perfectionné l'éducation des Dauphins, des princes et des classes dirigeantes, l'abbé de Saint-Pierre va-t-il s'occuper de l'éducation populaire qui certes était loin d'avoir atteint l'importance qu'elle a acquise de nos jours, mais qui existait cependant.

« A chaque instant, dit Siméon Luce, il est fait mention d'écoles rurales dans les documents où l'on s'attendait le moins à trouver des renseignements de ce genre, et l'on ne peut guère douter que, pendant les années même les plus agitées du xiv^ siècle, la plupart des villages n'aient eu des maîtres enseignant aux enfants la lecture, l'écriture et un peu de calcul ^. » A l'époque de l'abbé de Saint-Pierre, on se rappelle peut-être ^ que son père avait fondé une école gratuite pour les enfants pauvres de Saint- Pierre-Eglise et des environs. Dans le même canton, à Théville, messire Guillaume Renouf établit en 1674 une école « où tous les enfants pauvres et riches seront reçus, les pauvres de quelque paroisse qu'ils soient, gratuitement sauf (au maître) d'exiger de ceux qui auront moyen son salaire * ». A Néville, en 1702, c'est le curé David Fossard qui verse 12.000 livres « pour la fondation d'une école en ladite paroisse, pour l'instruction gratuite de la jeunesse et principalement en faveur des pauvres dont il ne pourra être exigé aucun salaire ^ ». A Carne ville, à Gouber ville, à Gonne ville, au Theil, paroisses du canton de Saint-Pierre-

1. Observations pour augmenter V instruction du peuple (Ms. Genty). Cf. Œuvres de politique et de morale, t. XIII, p. 362. 2 Vie de Bertrand Duguesclin; p. 15.

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