‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 196 sur 287 · Etude de François Le Mignot, notaire à Barfleur · texte numérisé non relu

Etude de François Le Mignot, notaire à Barfleur

l'abbé de saint-pierre éducateur

Eglise, il y avait aussi des écoles gratuites ^ A Paris, l'abbé de Saint-Pierre voyait à l'œuvre les frères de la doctrine chrétienne que Jean-Baptiste de La Salle venait de fonder. Aussi ne parlet-il pas d'établir l'instruction populaire mais de la perfectionner et de multiplier dans les campagnes les maîtres qui apprennent à lire et à écrire.

(( Il naît souvent parmi le bas peuple des esprits excellents qui auraient fait de grands progrès dans les arts et dans les sciences s'ils avaient appris à lire et à écrire dans leur enfance, car ils auraient beaucoup la : et, d'ailleurs, c'est donner deux hommes à l'état que de lui donner un artisan qui a le double d'industrie et d'esprit. De là il suit qu'il est de l'intérêt de l'Etat de multiplier les petites écoles, de donner des gages suffisants aux maîtres et maîtresses et de laisser toujours aux parents la liberté de leur faire des petits présents ; car ce sont ces petits présents qui les engagent à travailler à l'envi les uns des autres pour avoir plus d'écoliers ; et leurs travaux et leurs efforts tournent ainsi à la plus grande utilité publique 2. )>

Comme l'enseignement secondaire, l'instruction primaire doit être dirigée vers un but utilitaire. Indépendamment de l'écriture, de la lecture et du calcul, l'abbé propose de donner aux paysans des notions sur l'agriculture qui leur permettent d'améliorer les produits de la terre, sur la médecine pour guérir les maladies communes et soigner les animaux et enfin sur la morale pour plaire à Dieu et gagner le paradis.

« Un homme de l'Académie des sciences, écrit-il ^, devrait avoir la direction des livres destinés pour instruire les habitants des campagnes et surtout pour multiplier les fruits de la terre, pour le blé, le vin, etc.. pour indiquer les remèdes communs pour certaines maladies communes des paysans et des animaux domestiques, pour expliquer naturellement plusieurs phéno-

1. Recherches historiques sur les vingt communes du canton de Saint- Pierre-Eglise, par Louis Drouet, p. 164 et suiv.

2. Observations concernant le ministère intérieur de l'Etat. — Observation VIT. Multiplier dans les campagnes les maitres qui appi-ennent à lire et à écrire gratis. (Ouvrages de politique et de morale, t. VII, p. 43 et 44.)

3. Observations concernant le ministère intérieur de l'Etat. — Observation VI. Pour rendre les habitants des campagnes plus raisonnables et moins superstitieux. (Ouvrages de politique et de morale, t. VII, p. 42.)

mènes qui jettent les ignorants dans des craintes et dans des espérances superstitieuses. »

L'ignorance ajoute à la misère, parce que les paysans ne retirent pas de la terre tout ce qu'elle peut leur donner. Ils ne savent pas en profiter et les plus habiles ne sont pas là pour le leur apprendre car ils désertent « tous les jours la campagne pour se réfugier dans les villes exemptes de la taille. )>

La loi de 1882 s'est inspirée des idées de l'abbé de Saint-Pierre en mettant au programme de l'enseignement primaire les éléments des sciences physiques, mathématiques et naturelles, leurs applications à l'agriculture, à l'hygiène, aux arts industriels, aux travaux manuels et à l'usage des outils des principaux métiers. S'il est une chose excellente, c'est bien cette disposition légale que l'abbé de Saint-Pierre aurait votée avec enthousiasme pour rendre les habitants des campagnes un peu plus heureux.

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