‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 198 sur 287 · Les Œuvres et les hommes, série, t. IV, p · texte numérisé non relu

Les Œuvres et les hommes, série, t. IV, p

2. Saint-Sauveur-le- Vicomte, où est né Barbey d'Aurevilly, est à environ trente-cinq kilomètres de Saint -Pierre -Eglise.

l'abbé ds saint-pierre

pouvait concourir à l'utilité publique. Aussi l'a-t-il traitée <( d'instrument de flatterie et d'esclavage. » Il s'est moqué de ses harangues qui ressemblaient, suivant l'expression de Boileau, à ces messes solennelles où le diacre, après avoir encensé l'assistance, finit par être encensé lui-même. Enfin, il a déclaré qu'elle serait inutile tant qu'elle dépenserait son temps à maintenir les traditions qui font l'honneur de la république des lettres.

« Le plan de l'Académie française et de ses statuts, tel qu'il fut formé et agréé par le cardinal de Richelieu, disait-il, est une preuve de l'enfance de la raison humaine d'il y a cent ans, en France, sur la politique ou la science du gouvernement ^ )) ■ — « Elle est occupée à déclarer que tels mots, telles phrases sont du bon ou du mauvais usage présent, mais l'usage est nécessairement changeant et, par conséquent, ce qui est mauvais aujourd'hui, sera bon dans cinquante ans. En vérité est-ce là un but digne d'un grand politique ^ ! »

Il est certain que l'Académie avait besoin d'être réformée ; on connaît les célèbres épigrammes que Boileau lui a consacrées. Le 2 juin 1700, il écrivait à son ami Brossette pour le féliciter de la formation d'une académie à Lyon ; et il ajoutait : « Elle n'aura pas grand peine à surpasser en mérite celle de Paris qui n'est maintenant composée, à deux ou trois hommes près, que de gens du plus vuljgaire mérite, et qui ne sont grands que dans leur propre imagination ^. »

Le public s'en était mêlé et prétendait que ces Messieurs travaillaient avec la sage lenteur du barbier de Martial, qui mettait tant de temps à faire la barbe, que tandis qu'il rasait d'un côté, elle avait le loisir de croître de l'autre tout à son aise.

« Quand le bureau est composé de cinq à six personnes, disait Furetière, il y en a un qui lit, un qui opine, deux qui causent, un qui dort, et un qui s'amuse à lire quelque dictionnaire qui est sur la table. Il ne se passe pas deux lignes qu'on ne fasse quelques digressions, que chacun ne débite un conte plaisant ou quelque nouvelle, qu'on ne parle des affaires d'Etat et de réformer le gouvernement. On a employé toute une après-dînée à examiner

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