Trublet, op. cit. y p
qu'il y avait « un règlement solennel pour délivrer les académiciens des sollicitations en faveur de ceux qui désiraient être reçus dans l'Académie ^. Ce règlement, disait-il, a été fait pour laisser aux électeurs liberté entière de choisir les plus dignes qui d'ordinaire sont fort éloignés de solliciter, dans la pensée où ils sont qu'en pareil cas c'est à la réputation et au seul mérite de solliciter 2. ))
En résumé, tout le monde parlait d'améliorations et de réformes. L'abbé de Saint-Pierre alla plus loin que les autres...
Avant de changer le but de l'Académie pour en faire une compagnie qui se serait occupée de morale et de politique et aurait repris l'œuvre interrompue de Plutarque, il s'en prit d'abord à son nom ^. Il trouvait que l'ancien titre s'expliquait avant la création des autres académies mais que les nouvelles compagnies (Sciences, Médailles et inscriptions, Peinture, Sculpture, Architecture) établies par Louis XIV étaient aussi bien que leur aînée des académies françaises, et il voulut lui donner un nom distinctif qui ne parût point équivoque aux étrangers : celui d'Académie des Bons Ecrivains.
Il faut croire que cette réforme n'eut guère de succès car l'abbé, en 1741, revient lui-même à l'ancienne dénomination dans son Discours sur le plan de F Académie française ^, alors que c'est huit ans auparavant, dans son Projet pour rendre F Académie des Bons Ecrivains plus utile à F Etat ^, qu'il proposait pour la première fois le titre de son invention.
C'est dans ces deux opuscules que nous allons trouver les principales idées de l'abbé, il ne nous les propose que pour dix ans parce que, dit-il, « l'homme le plus sage ne saurait pré-
1. Règlement du 5 avril 1701. Cf. Pellisson et d'Olivet. Histoire de F Académie, t. II, p. 402.
2. Correspondance de Huet. Ms. de la Bibliothèque nationale, n^ 15.189, t. II, p. 704.
3. « Quelques-uns l'ont nommée V Académie des Beaux Esprits, quelques autres V Académie de V éloquence, comme M. de Boissat... Plusieurs autres ont cru qu'elle s'appelait V Académie éminente, par une allusion à la qualité du cardinal son protecteur... mais enfin elle ne s'est jamais appelée elle-même que \ Académie française. » (Pellisson. Histoire de l'Académie, édit. de 1653, p. 24-33.)