Ihid., t. IV, p
de j)erfectionner les ouvrages du P. Mabillon et de travailler au dictionnaire des vieux mots français et latins que le vulgaire employait en France « sous les trois races de nos rois ». C'est à ce bureau que l'abbé donne mission de laisser la porte grande ouverte aux néologismes, d'introduire dans le dictionnaire toute la terminologie scientifique et d'ajouter à chaque mot sa traduction dans les six langues : latine, espagnole, italienne, anglaise, allemande et polonaise.
Mais son bureau de prédilection est assurément celui de Véloquence et des vies des hommes illustres. Les notions du vrai et du beau ne se gravent facilement dans les esprits que si on les montre incarnés dans la conduite et dans les œuvres des grands hommes qui ont le mieux servi et le plus honoré l'humanité. Voilà pourquoi il serait fort à propos que les auteurs les plus éloquents et les plus vertueux « fussent employés à écrire des ouvrages les plus propres pour perfectionner les mœurs de la nation, tels que sont les vies des hommes illustres qui ont procuré les plus grands bienfaits à leur patrie... Ces sortes d'ouvrages, quand ils sont vivement et sagement écrits, peuvent plus contribuer que tous autres à rendre les lecteurs tous les jours plus sensés, plus laborieux, plus vertueux, et la nation entière plus heureuse ^. » Il s'agit de recommencer Plutarque, mais pour faire mieux que lui, parce qu'il ne s'occupe pas assez de morale.
L'éloge du maréchal de Saxe, qui ouvrit en 1758 la série des concours académiques, est-il une application de l'idée suggérée par l'abbé ? Nous ne voudrions pas l'affirmer. Cependant il faut bien reconnaître qu'il y a là une coïncidence qui mérite d'être signalée, encore bien que la vie du vainqueur de Fontenoy ne semble pas de celles où la vertu soit l'élément dominant.
Telle était la confiance de notre abbé dans ces sortes d'écrits et dans la critique de l'Académie réformée, qu'il a souhaité : (( qu'au concert spirituel on chantât souvent en langue vulgaire les louanges des grands hommes, de certains saints et de quelques saintes qui, au jugement du bureau des bons ouvrages, ont travaillé le plus utilement pour la société chrétienne ^. »