Ms. Genty, t. VII
3. Des droits et des devoirs du citoyen. (Collection complète des Œuvres de Vahhé de Mahly, en 15 volumes, Paris, 1794, t. XI). On trouve dans ce même volume le jugement de Mably slu' Tabbé de Saint- Pierre (p. 405- 408; 491-495).
qui n'est autre que la raison, devant contenir le courage, maîtriser le désir et conduire le char vers le bien. On a dit ^ que cet apologue, appliqué à l'Etat, faisait le fond de la doctrine de Mably. Ne représente-t-il pas aussi d'une façon saisissante l'idée de l'abbé de Saint-Pierre qui confond l'objet de la politique avec celui de la morale pour donner à l'Etat la mission de faire régner la vertu ?
L'abbé ne se contente pas de s'élever — avec beaucoup de raison d'ailleurs — contre « les romanciers et les petits poètes qui font des chansons et des épigrammes satiriques et personnelles ou des ouvrages qui tendent à inspirer l'intempérance, la licence, la débauche, la vengeance, le mépris pour les lois et pour les bienséances ; qui louent la paresse, la mollesse, la fainéantise ; qui excusent l'indifférence envers les familles, envers les domestiques, envers les voisins et envers les pauvres ^. » Il va plus loin : Il ne veut pas admettre qu'il puisse exister quelque chose en dehors de la morale et, pour mieux engager les auteurs à se cantonner dans la mission de moraliser le public, il demande la création d'une assemblée ou bureau des gens vertueux^ et connaisseurs destiné à juger les romans et les poésies anciennes et « surtout à faire récompenser les ouvrages vertueux distingués par leur agrément^ ».
Au premier rang de ces ouvrages, l'abbé range le Télémaque, car les sermons de Mentor le ravissent Il préfère le Grisélidis de Ch. Perrault à cause « du beau sérieux et de l'utilité » de ce conte à V Aulne de boudin, qui plaît davantage aux gens d'esprit à cause de son art et de son ton plaisant. Enfin il a la consolation de saluer avant sa mort l'apparition du roman moral : En 1742, il pouvait lire la traduction du fameux roman de Richarson, Pamela ; mais à sa joie se mêlait quelque tristesse, car c'était, à ses yeux, un très grand avantage que l'Angleterre avait sur nous. « Je meurs de peur, écrivait-il, que la raison humaine ne croisse
1. L. xA.MELiNE. L'idée de la souveraineté d'après les écrivains français du XVI 11^ siècle, p. 90.