‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 213 sur 287 · Ouvrages de politique et de morale, t. VII, p · texte numérisé non relu

Ouvrages de politique et de morale, t. VII, p

2. Epître dédicatoire de Soplionishe à M. le duc de La Vallière, en 1769.

courage et de la constance pour rendre et pour faire rendre la justice, et en général pour pratiquer la bienfaisance ^. » De même, ils pourront : « dans leurs pièces comiques, inspirer du dégoût et de l'aversion pour la mollesse, la poltronnerie, pour le métier de joueur, pour le luxe de la table, pour les dépenses de pure vanité, pour le caractère impatient, chicaneur, avaricieux, flatteur, indiscret, hypocrite, menteur, misanthrope, médisant, en un mot, pour tous les excès qui font souffrir les autres et qui rendent les vicieux fâcheux et désagréables pour plusieurs des personnes avec qui ils ont à vivre ^ ».

L'abbé va même jusqu'à proposer de sanctifier les spectacles innocents, en parlant du paradis et de l'enfer, et en modifiant dans ce sens Esther et Athalie « qui sont peu dirigés vers les deux points de la religion révélée et raisonnable, c'est-à-dire vers les punitions et les récompenses de la vie future ^ ».

Les perfectionneurs devenus ainsi des prédicateurs seront très considérés. Le roi créera une place de premier poète tragique, une autre de premier poète comique, comme il a déjà donné des lettres de premier géographe, de premier peintre, de premier sculpteur; elle leur conférera une noblesse héréditaire. Pour les autres, il sera de la bonne police de leur faire acquérir des revenus et de l'illustration, car ce seront des : « officiers très utiles à l'Etat ».

L'abbé n'oublie qu'une chose, c'est que le théâtre n'est pas une école de morale, pas plus qu'il ne doit être une école de corruption. Il est un amusement, rien de plus, amusement très délicat ou très grossier suivant les pays, mais il n'est point une succursale de la chaire. Celui qui veut se sanctifier assistera au sermon ou au prêche ; il n'ira pas entendre les tirades des comédiens sur la vertu. Ce n'est pas, nous le savons, l'avis de tout le monde. S'il vivait encore, l'abbé aurait pu revendiquer pour son disciple le créateur du théâtre à thèse, Alexandre Dumas, et nous le verrions applaudir chaleureusement les pièces de MM. Donnay, Curel, Hervieu, Brieux et Bourget. Le théâtre aujourd'hui remplace quelquefois la chaire, n'est-ce pas un peu l'application de la théorie du bon abbé ?

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