Ms. Genty, VIT
2. « Les catholiques qui raisonnaient lé plus sensément disaient que le but du Roi, qui visait à diminuer cette secte dans son royaume, était raisonnable et d'un prince prudent ; mais qu'il ne fallait pas prendre des voies si promptes et si éclatantes, de peur d'obliger cinq cent mille familles à sortir du royaume avec leurs effets, leiu-s métiers et leur industrie pour aller fortifier nos ennemis à nos dépens, et les fortifier d'autant i^lus qu'ils sortiraient la rage dans le cœur contre la dureté et l'injustice du gouvernement. )) (Annales Politiques, édit. de 1757, p. 276 et 277).
l'abbé de saint-pierbe
fiance, étant donné que le Dictionnaire philosophique'^ où est inséré le Credo a paru vingt ans après la mort de l'abbé et que Voltaire ne dédaignait pas de faire passer sa marchandise sous pavillon étranger. Néanmoins, si ce Credo, comme nous le croyons, n'a pas été rédigé par l'abbé de Saint-Pierre, il paraît bien refléter l'ensemble des idées religieuses qui se dégagent de son œuvre. Le voici :
« S'il est permis de citer des modernes dans une matière si grave, dit Voltaire, je rapporterai ici le Credo de l'abbé de Saint- Pierre, tel qu'il est écrit de sa main dans son livre de la Pureté de la religion, lequel n'a point été imprimé et que j'ai copié fidèlement : Je crois en un seul Dieu et je l'aime. Je crois qu'il illumine toute âme venant au monde, ainsi que le dit saint Jean. J'entends par là toute âme qui le cherche de bonne foi. Je crois en un seul Dieu parce qu'il ne peut y avoir qu'une seule âme du grand tout, un seul être vivifiant, un formateur unique. Je crois en Dieu le père tout-puissant, parce qu'il est père commun de la nature, de tous les hommes qui sont également ses enfants. Je crois que celui qui les fait tous naître également, qui arrange les ressorts de notre vie de la même manière, leur a donné les mêmes principes de morale aperçus par eux dès qu'ils réfléchissent, n'a mis aucune différence entre ses enfants que celle du crime et de la vertu.
(( Je crois que le Chinois juste et bienfaisant est plus précieux devant lui qu'un docteur pointilleux et arrogant. Je crois que Dieu étant notre père commun, nous sommes tenus de regarder tous les hommes comme nos frères. Je crois que le persécuteur est abominable et qu'il marche immédiatement après l'empoisonneur et le parricide. Je crois que les disputes théologiques sont à la fois la farce la plus ridicule et le fléau le plus affreux de la terre, immédiatement après la guerre, la peste, la famine et la vérole.
(( Je crois que les prêtres doivent être payés et bien payés comme serviteurs du public, précepteurs de morale, teneurs des registres des enfants et des morts ; mais qu'on ne doit leur donner ni la richesse des fermiers généraux, ni le rang des princes, parce que l'une et l'autre corrompent l'âme et que rien