‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 219 sur 287 · Ouvrages de politique et de morale, t. V, p · texte numérisé non relu

Ouvrages de politique et de morale, t. V, p

LA RELIGION DE l'aBBÉ DE SAINT-PIERRE 301

dans le progrès et dans la durée de ce fanatisme ; mais que les causes en sont si naturelles, qu'il était moralement impossible que le mahométisme ne s'établît pas dans les circonstances et parmi les peuples où il s'est établi, et qu'y étant une fois établi, le grand respect pour Mahomet n'y dure pas autant que la grande ignorance des causes morales et des causes physiques durera parmi eux. Et c'est ce que je m'étais proposé de démontrer ^. )^ S'il y a une religion dont l'origine ait la prétention d'être miraculeuse, ce n'est certes pas le mahométisme qui s'est établi par les armes. S'il y a une religion en France contre laquelle on doive s'insurger, ce n'est certes pas le mahométisme qui ne compte chez nous aucun adepte. Mais c'est bien le catholicisme dont les encyclopédistes, après Voltaire ^ vont essayer de saper les bases. C'est lui que vise l'abbé de Saint-Pierre quand il explique la formation du mahométisme par deux faits principaux : l'influence excessive de l'imagination et l'influence des climats sur l'imagination. Le portrait qu'il trace de Mahomet ne fait-il pas quelque peu penser à Jésus-Christ ?

« Mahomet, dit-il, fut quelque temps fanatique de bonne foi. Il n'était pas étonnant qu'un jeune ignorant d'une imagination vive devînt fanatique dans ses voyages et dans son commerce avec les Juifs, et environné de fanatiques très ignorants. Et si tous les hommes, surtout dans les pays chauds, naissent avec de grandes dispositions à craindre et à espérer beaucoup sans grand fondement, Mahomet avait cette disposition à un plus haut degré qu'un autre. Ainsi, il commença par être fanatique de bonne foi, et l'on verra qu'il n'aurait jamais réussi à persuader sa femme, ses parents, ses voisins de la vérité et de la réalité de ses visions, s'il avait commencé par être imposteur : il fallait qu'il fût luimême étonné des apparitions d'un ange en songe, pour faire naître un pareil étonnement dans l'imagination des autres. Il fut le premier trompé et il n'en fut que plus j^ropre à tromper les autres 2. )>

Si les autres se sont laissé tromper si facilement, c'est qu'ils avaient comme tous les hommes une grande disposition à croire aux événements heureux qu'on leur annonçait. « Cette dispo-

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