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qui ont été fort vertueuses, c'est-à-dire fort justes et fort bienfaisantes dura;nt leur vie, surtout lorsqu'elles ont procuré de grands bienfaits au public, sont toujours fort heureuses après leur mort ^j) L'abbé de Saint-Pierre prouve la vérité de cette opinion pendant uiie vingtaine de pages où il nous inonde de redites qui ne donnent que trop de vraisemblance à une anecdote où il se trouve mêlé : Quelqu'un lui avait dit un jour : Je vois d'excellentes choses dans vos ouvrages, mais elles y sont trop répétées. — ■ Indiquez-m'en quelques-unes, je vous prie, repartit l'abbé. — Et comme son interlocuteur lui en citait plusieurs, il ajouta : « Vous les avez donc retenues. Voilà pourquoi je les ai répétées et j'ai bien fait : sans cela, vous ne vous en souviendriez plus. )>
Mais de ce que les hommes sont beaucoup plus préoccupés de leur corps que de leur âme, l'espérance qu'ils ont du bonheur éternel demeure en eux comme un ressort sans force. L'abbé s'en indigne, car la simple « opinion spéculative w de l'existence de la vie future nous laissant inactifs ne nous sufïit pas. Nous devons tous avoir « le sentiment agréable que produit la grande espérance d'un grand bonheur futur », ce sentiment doit devenir une passion capable de nous faire prendre avec joie les moyens les plus efficaces pour obtenir la béatitude éternelle. Et l'abbé de nous donner la manière de devenir des espérants passionnés. Certes, son procédé n'est pas infaillible ; il oublie que l'âme humaine n'est pas une machine aussi simple qu'il semble le croire, et il ne paraît pas deviner que pour produire en elle ce phénomène multiple qu'on appelle la foi, il faut faire jouer des ressorts autrement compliqués et autrement puissants qu'une simple formule ^. Mais on ne peut nier que l'habitude soit une seconde nature et que les formules employées avec discrétion et à propos servent à fortifier nos croyances.
A un enfant qui mange de bons fruits, on dira que « les fruits du Paradis sont beaucoup meilleurs, que le plaisir d'en manger est beaucoup plus grand et d'une beaucoup plus grande durée ^. » Les jeunes gens et les hommes ne tarderaient pas de leur côté à désirer ardemment le bonheur futur si « en goûtant leurs plaisirs
1. Discours sur- le désir de la béatitude. ( Ouvrages de politique et de morale, t. XI, p. 333).