Discours sur le désir de la Béatitude, t. XI, p
LA RELIGION DE l'aBBÉ DE SAINT-PIERRE 305
innocents journaliers » ils prenaient l'habitude de se dire les uns aux autres : « Nous goûterons bien de plus grands plaisirs en Paradis si nous sommes bienfaisants ^. « Un bon magistrat, un bon ministre, un bon père de famille, en un mot, tous ceux qui ont des devoirs à remplir devraient répéter tous les matins et tous les midis une formule comme celle-ci : « C'est par le moyen des petites affaires de charité bienfaisante, tantôt pénibles, tantôt agréables que nous pouvons avancer notre grande affaire ^. » Enfin, il serait à souhaiter que les hommes, toutes les fois qu'ils parlent de la vie, disent la première vie et que cette formule fût ajoutée non seulement dans les lettres particulières, mais encore dans les actes publics.
L'abbé s'est même donné la peine de composer des prières, qui sont plutôt à vrai dire des actes de foi que des invocations. En voici une pour le matin : « Je crois que Dieu a ordonné qu'il y ait après la mort un enfer pour punir les méchants et les œuvres de malf aisance non réparées, et un paradis et une félicité éternelles pour récompenser les bienfaisants et les œuvres de bienfaisance de chaque journée, et j'espère qu'avec son secours je n'en ferai aujourd'hui aucune mauvaise qui lui déplaise, et que j'en ferai beaucoup de bonnes pour lui plaire ^. »
S'il termine ses lettres par cette expression : Paradis aux bienfaisants, c'est parce que Vadieu en usage, formule excellente en elle-même, ne nous fait plus penser ni à Dieu, ni à la vie future.
Il se montre sévère pour ceux qui ne croient pas à la vie future. Les expressions qu'il emploie contre madame Deshoulières et Voltaire nous le montrent quand il s'agit de son dogme favori presque comme « un de ces fanatiques qu'on peut appeler boutefeux, qui voudraient exterminer par un beau zèle tous ceux ci[uî n'ont pas le bonheur de penser précisément en tout comme eux » Or, ces boutefeux, il les a en horreur.
Un jour, on avait loué devant lui le ruisseau de madame Deshoulières et quelqu'un lui demanda ce qu'il en pensait : C'est dommage, répondit-il, de voir tant de grâces et d'esprit employés à faire adopter mie opinion fausse, détestable, abominable, exé-